Autre changement de décor

J’ai eu l’occasion de faire un court voyage à Los Angeles pendant les Fêtes. Court comme dans 1 jour et demi. Mais long en bonheur puisque j’étais avec mon fils aîné, rien que pour le plaisir d’être ensemble…
Arrivant du Québec enneigé à moins 20C, ce fut tout un changement de décor. La température évidemment, mais aussi l’étalement de la ville sur ces grands espaces entre montagnes et mer, l’architecture et les autoroutes, la végétation et les gens.

Dans un tel laps de temps, il n’est pas possible de se déposer dans une routine, même pas une routine de voyage. Mes sens sont restés en éveil, ma curiosité à l’affut de tout ce qui m’entourait. Assise au bar de l’hotel, j’ai pris un moment pour rêver et imaginer ma vie comme elle pourrait l’être si je vivais dans cette ville.

En quoi ma vie serait-elle différente? Qu’est-ce qui changerait dans mon travail? Qu’est-ce qui resterait pareil? C’est le genre de questions qui me viennent quand je voyage. C’est fascinant d’y penser et, selon mes quelques expériences de vie à l’étranger, une part de moi serait révélée ainsi, une part enrichissante à découvrir.

Poursuivant l’exercice, j’en viens à me demander ce qui resterait d’essentiel à ma personne et à mon travail, une fois adaptée à cette autre vie. Cette question là m’intéresse encore plus, et elle est moins évidente à répondre.

Quel est le travail le plus authentique que je puisse accomplir, ici et maintenant?

Cette réponse là ne viendra qu’en la vivant. Et c’est un tout autre monde, juste ici, qui n’attend que moi.

Louise Jalbert, Autoportrait à Los Angeles, Photographie 

Changement de décor

La neige est arrivée.
Une grosse bordée, pas juste quelques flocons, mais le gros tapis blanc qu’il faut pelleter et qui rend tout silencieux. Ça y est, on est vraiment en hiver.

C’est blanc, il y a beaucoup de blanc.

Après cette apothéose qu’est notre automne québécois, je m’Inquiète toujours à l’idée de perdre la couleur en hiver. Et il est vrai que la gamme devient beaucoup plus étroite: blanc, gris, brun, un peu de bleu…

Certains soirs, il y a le rose comme dans la chanson de Félix Leclerc….
https://www.youtube.com/watch?v=Bu8M1fgiFYo

Et certains jours, les petits flocons scintillent sous le soleil. Ça, c’est magique.

Ça me rappelle un Noël où j’avais reçu un ensemble de peinture en petits godets de plastique attachés les uns aux autres. Il y avait un godet de peinture or et un de peinture argent, dans lesquels il y avait des « brillants ». C’était très nouveau, à l’époque, et j’étais éblouie.

Avec le temps, j’ai découvert d’autres charmes à l’hiver, plus discrets. Le cadeau maintenant, c’est l’exemple de sobriété et de nuances que ces mois d’hiver offrent à mes yeux. Je m’exerce à voir plus finement, avec plus de subtilité.

Et la magie continue d’agir, en regardant, et en peignant.

Je vous souhaite de Belles Fêtes, scintillantes et chaleureuses,
Que 2018 vous apporte la Santé, la Paix et beaucoup de Joie!

Louise Jalbert, Neige en bleu et arbustes, 2017, Aquarelle et gouache sur papier, 10 x 17 cm

En regardant

« On peut observer beaucoup de choses juste en regardant »

Yogi Berra était un joueur de baseball qui avait aussi un talent pour ce genre d’aphorismes. Ce qu’il dit semble si simple et évident. Et en fait, ça l’est.
Observer et peindre, regarder et peindre, c’est ce que je fais.

http://www.lemonde.fr/sports-us/article/2015/09/23/la-legende-du-baseball-yogi-berra-est-mort-a-l-age-de-90-ans_4768650_1616670.html

Ce que j’observe ne se laisse pas facilement saisir, et surtout pas de façon littérale ou photographique. C’est au-delà de ma façon habituelle de voir et de peindre que je vais y arriver.
Alors j’observe et je peins, je peins et j’observe ce que j’ai peint.
C’est simple, pas toujours évident, mais ça marche.

À l’approche des Fêtes, voici une suggestion de lecture ou de cadeau: Le tout dernier roman de Michel Tremblay, Le peintre d’aquarelles,. Marcel, le personne principal, nous parle de peinture, de regarder et de voir, tout autrement. Bonne lecture!

http://www.lemeac.com/catalogue/1673-le-peintre-d-aquarelles.html

Louise Jalbert « Novembre en après-midi, étude # 6 », 2017, Gouache sur papier, 28 x 41 cm

Un pas après l’autre

Voilà plus de deux semaines que je travaille différentes versions de cette image.
Je voudrais capter une vision fugace, une lueur d’éternité aperçue en cuisinant mon diner, un jour de novembre.
Ce que je veux peindre est au-delà de ce que je vois.

Mais il passe par là. Et dans mon effort pour le saisir, je reste prise dans les branches, les arbustes, la lumière. Obstinée, je jongle avec les couleurs, la composition, et les coups de pinceau.

Cela m’échappe encore.

Mais je sais qu’il y a un processus en cours, et qu’il a ses exigences. Quand j’aurai fait suffisamment d’etudes pour passer outre à la représentation détaillée, je vais oublier la technique et ma main va enfin faire ce que bon lui semble. Alors, j’arriverai à garder l’équilibre entre attention et abandon et l’image pourra enfin respirer.
J’allais dire: danser.

J’aime danser et je vois les ressemblances entre ces deux disciplines.
D’abord, on réchauffe les muscles. Ensuite on apprend les mouvements jusqu’à ce que le corps les éxécute sans réfléchir, et enfin, on bouge avec la musique. C’est alors qu’on peut exprimer quelque chose.

 

Un premier croquis
Plus libre que l’étude de gouache ci-dessus, il est proche de ce que je veux faire. Dessiner en noir et blanc me permet de cerner rapidement l’essentiel de mon idée.

 

Dans l’atelier en ce moment, je marche sur mes propres orteils.
J’espère danser bientôt.

Louise Jalbert, « Novembre en après-midi, étude #5 », 2017, Gouache sur papier, 32 x 38 cm.  
Louise Jalbert, « Novembre en après-midi », 2017, croquis, carton feutre sur papier, 7 x 9 cm

Sur mesure

Dimanche, je suis allée visiter l’exposition de Nathalie Vanderveken à la Maison de la culture Villebon, située à Beloeil. J’avais rencontré Nathalie il y a quelques années, quand nous participions toutes les deux à un organisme pour artistes de la relève, Agrégat.
Originaire de Trois-Rivières, Nathalie a complété une maîtrise en arts visuels à l’Université Laval, ainsi que deux résidences en estampes, développant une démarche autour du vêtement, ainsi qu’un intérêt pour le travail sur papier.

L’exposition s’intitule « Sur Mesure », parce que l’artiste puise son inspiration dans les patrons de couture.
Mais il y a plus…
D’abord, elle les déplie, puis les observe. Cet univers de papier fragile, avec ses lignes pointillées, ses tracés, ses flèches et ses directives, est fait pour confectionner un vêtement. Nathalie par contre, y voit un monde de possibilités formelles, qu’elle s’empresse de déjouer, d’où l’ironie du titre.

À partir de l’idée du patron-mode d’emploi, elle détourne la fonction de celui-ci en déconstruisant les volumes pour créer un assemblage hors normes de formes et de matières. Ces sculptures à l’aspect vestimentaires ne se conforment à aucune anatomie. Elles évoquent sans la définir la présence d’un corps improbable, comme si elles s’étaient développées selon d’autres impératifs. Le travail sensible et juste de la matière apporte un contraste de souplesse et de mouvement qui donne vie à ces constructions.

Sur mesure devient au fur et à mesure. Au patron servant de point de départ, les oeuvres répondent par une exploration des multiples possibilités d’invention.
J’ai particulièrement apprécié l’aspect dynamisant qu’elles offrent à notre perception. Le regard est interpelé par ces dessins et ces formes construites sans contraintes, avec un sens de la démesure qui est ludique, voire contagieux!

Nathalie Vanderveken, « Tricolore », Mousse de polyuréthane, similicuir, papier Kraft, carton ondulé, feutre, crayons de bois et bâton de bois.

Le paysage comme un écran

« Chaque paysage est un état d’âme. »

Cette citation de Henri Frédéric Amiel, brève mais puissamment évocatrice, réussit en quelques mots à transporter notre imaginaire.

Henri Frédéric Amiel, Journal intime, 31 octobre 1852

Sans vouloir m’aventurer ici dans un propos philosophique, je dois dire que je la saisit à ma façon. J’observe la nature et je la peins depuis longtemps; j’en suis venue à développer ma propre relation intuitive avec l’idée du paysage.

Que ce soit le paysage réel, représenté ou imaginé, cette notion est propice à la rêverie. C’est un lieu où le fil incessant de nos pensées peut s’interrompre, permettant à notre esprit de se déposer, par exemple, sur le motif entrelacé des branches d’un arbuste ou les nuages qui courent dans le ciel. Sous nos yeux, à petite ou à grande échelle, un monde vivant se déploie avec ses formes, ses couleurs, ses matières et ses espaces divers, constamment en train de se transformer, de mourir et de naître. Sa nature éphémère nous rappelle la nôtre, et la permanence de son renouveau nous apporte un réconfort.

Je vois le paysage comme une sorte d’écran géant, qui se prête à la réflexion de notre propre monde intérieur. Il nous renvoie, non pas des idées et des mots, mais des perceptions visuelles et sensorielles qui nous touchent directement, et profondément.

Louise Jalbert, Feuillage sur ciel, 2017, Aquarelle sur papier, 8x 13 sur 18 x 27 cm

Le plaisir dans l’effort

Il y a tant de chose à dire sur la nature, à propos de ce qu’elle peut signifier pour chacun de nous, et dans mon cas, à propos de sa représentation en peinture. Dans cet effort pour développer une nouvelle série d’oeuvres, toutes ces questions se bousculent dans ma tête.
Cette semaine, mon travail consiste à faire des esquisses afin de clarifier ce que je vois et pouvoir ensuite choisir les éléments qui correspondent à ma vision. Celle-ci me semblait claire la semaine dernière, mais aujourd’hui, elle ne l’est plus. Il y a trop de questionnements à adresser, et trop de choses que je veux faire en même temps.

Cette esquisse est un bon exemple de l’étape où je suis rendue: je la trouve trop fouillée, trop chargée. Fouiller est le bon terme, parce que c’est exactement ce que je suis en train de faire, et que je dois faire pour discerner ce que j’ai en tête. Les idées doivent se transposer dans la matière de la peinture et du papier avant que je puisse décider si elle expriment ou non ce que j’ai en tête.

Je vise la simplicité et la clarté: pour l’instant, je peins plutôt la profusion, beaucoup d’essais et d’erreurs et quelques idées de couleur.

À travers ces efforts, il y a un plaisir, celui de la gouache: après la limpidité et la fraîcheur de l’aquarelle, son intensité me semble une gourmandise. Alors, pendant que je travaille à élaborer ma peinture, ce petit plaisir suffit à nourrir ma quête.

Louise Jalbert, « Couleurs d’Octobre sur le lac, Saint-Bruno », 2017, Gouache sur papier, 28 x 37 cm

Poésie et mystère

J’apprécie les oeuvres d’art qui savent garder une part de mystère. Qui évoquent plus qu’elle ne racontent, et qui nous touchent avant même que nous ayons eu le temps de comprendre.

J’ai toujours eu du plaisir à lire, et parmi les oeuvres qui m’ont le plus marquée, figure le Journal d’Anaïs Nin. Écrivaine audacieuse, imaginative et sensible, c’est grâce à ses récits intimes que j’ai pris connaissance de l’importance de la poésie au quotidien et du pouvoir de l’évocation.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Anaïs_Nin

La poésie est un mystère, et si vous désirez vous rapprocher des êtres humains, vous ne pouvez parler en paraboles. J’ai réfléchi au mystère et à l’évocation, à tout ce que Djuna Barnes ne nous a pas dit, tout ce que Proust ne nous a pas dit, et tout ce qu’Henry James ne nous a pas dit. En poésie, on évite ce qui est explicite, afin de mieux révéler un autre aspect, une autre vie.

Anaïs Nin,
Le Journal d’Anaîs Nin, 1947-1955, traduction Louise Jalbert

Suggérer plutôt que d’illustrer, inviter le regard à voir et percevoir au-delà de ce qui est peint me semble une quête intéressante.
Quand je fais une première esquisse, j’ai tendance à être exhaustive, parce que je veux saisir tout ce que je vois. Cela peut me prendre quelques essais avant d’arriver à extraire l’essentiel de ce qui a retenu mon attention.
L’esquisse ci-dessus est une étude de l’arbre chez mon voisin, vu à travers les branches d’un autre arbre qui est devant ma fenêtre. Cette combination de formes et de couleurs apparait une fois par année à cette saison. C’est beau, éphémère et ce que j’y vois ne tient pas de la carte postale. Le défi est de capter cette beauté et de la rendre tangible, de ne pas tout montrer, en espérant garder une part de son mystère.

Louise Jalbert, « Feuillage jaune et branches noires, 2017 », Gouache sur papier, 20 x 25 cm

Le regard et la beauté

Lundi, un vent puissant secouait les arbres et arrachait les feuilles de leurs branches, les emportant dans un tourbillon. La splendeur du mois d’octobre se dépouille maintenant, faisant place à la sobriété de novembre. Au cours des dernières semaines, la lumière éblouissante et les couleurs vives de notre automne québécois ont été intenses. Cette apothéose m’apparait comme un ultime cadeau de la nature, permettant à nos sens et à notre mémoire de se rassasier afin d’être prêts pour accueillir l’austérité de l’hiver.

C’est un exercice pour le regard à propos de la beauté dans ses formes souvent opposées. Je m’avance ici à tous petits pas, car prétendre définir la beauté n’est pas une mince affaire. Il existe sans doute autant d’énonciations sur le sujet que d’individus prêts à y réfléchir. Mais je crois qu’au fond de chacun de nous, il y a un appel à la beauté.

Le poète et philosophe irlandais John O’Donohue a profondément réfléchi à ce sujet. Il évoque ses réflexions dans une entrevue (en anglais, mais avec une transcription) avec Krista Tippet.

La beauté ne se compose pas que de charme, de joliesse. Il s’agit plutôt d’un devenir essentiel et épanouissant. En ce sens, je crois que la beauté est une forme d’ampleur émergente, un sentiment d’élégance et de grâce, une impression de grande profondeur ainsi qu’une sorte de retour au bercail pour la mémoire ainsi enrichie de votre vie qui se déploie.

John O’Donohue,
traduction Louise Jalbert

John O’Donohue — The Inner Landscape of Beauty

John O’Donohue exprimait ses réflexions sur un sujet aussi insaisissable de façon admirablement imagée et sensible. Ses paroles et sa voix soulèvent en moi une résonnance et une compréhension lumineuse de la beauté dans toute sa magnificence. Tel est le pouvoir de la poésie.

N’étant ni poète ni philosophe, tenter de définir en mots me semble hors de portée. Il n’en reste pas moins que celle-ci me fascine sous toutes ses formes, et j’aime explorer cette notion avec mes propres moyens, la peinture et le dessin. Je tâtonne, mais je m’entête avec l’espoir de pouvoir exprimer ne serait-ce qu’une parcelle de mon émerveillement.

Louise Jalbert, « Feuillage en octobre », 2016, Aquarelle sur papier, 38 x 55 cm

Tremplins

La semaine dernière, j’écrivais au sujet d’un changement de technique en peinture. Cela faisait un bon moment que je désirais ce changement. Même si changer de procédé est important, la véritable transformation s’opère à un autre niveau. Il s’agit plutôt d’approfondir mon expression artistique, d’expérimenter avec certaines idées et de développer de nouvelles habiletés. Changer de technique est une bonne façon de commencer ce processus.
Mais au préalable, j’ai à terminer certaines oeuvres en souffrance.

Avant mon départ pour la France, j’ai commencé quelques aquarelles que j’ai ensuite mises de côté, soit par manque de temps, soit parce que j’étais indécise. Le voyage ainsi que le fait de passer à une autre technique m’ont donné le recul nécessaire pour y revenir avec un regard neuf. Et donc, avant de m’engager dans une nouveau parcours, j’aimerais les compléter.

Ce n’est pas que tout ce je voulais faire soit entièrement réalisé dans cette série d’aquarelles. C’est impossible et d’ailleurs je n’y tiens pas. Mais, pour l’instant, je suis assez satisfaite de ce groupe d’oeuvres et surtout, je sens qu’aborder mes idées dans une autre forme sera fructueux.

Cette forme reste à trouver, et voici pourquoi revenir à un travail antérieur sera salutaire:

Cela me remet en contact avec les nombreuses idées qui se bouscoulaient dans ma tête pendant je peignais cette série d’aquarelle. 

 

 

Des idées de composition telles que:

Jusqu’où puis-je développer un effet, que je nommerais « tapisserie », dans ma représentation de la nature sans que cela devienne monotone?

 

 

 

Des idées de couleur telles que:

Combien de variations de la couleur verte puis-je faire et comment les rendre vivantes?

 

 

 

Vous voyez ces quelques essais… Ai-je épuisé ces idées? J’ai plutôt impression de les avoir à peine abordées… Et donc, à cette nouvelle étape de mon travail, elles me serviront de tremplin vers une autre forme d’expression.

Louise Jalbert, « Feuillages et branches », 2017, aquarelle sur papier, et autres aquarelles en cours dans l’atelier.