Octobre en novembre

Octobre est un mois d’intenses études de couleur. Je n’arrive jamais à saisir tout ce que je vois – il y a une telle abondance – mais chaque année apporte sa récolte.

Dans la nature comme dans la vie, nous savons que tout est en perpétuel changement, mais ce n’est pas toujours observable au quotidien. Le jaune vert un peu acide du feuillage printanier se transforme au cours de l’été en différentes nuances de vert: cela se fait de façon si graduelle que nous le remarquons à peine.

C’est une toute autre histoire en octobre, où chaque jour est un festival de couleurs éphémères, en évidente métamorphose.

Comme je travaille dans un assez grand format pour des esquisses, j’ai du procéder rapidement, passant de l’une à l’autre le temps de capter un effet fugace. Et maintenant, pendant que tout est encore frais dans ma mémoire, j’y reviens. Ce faisant, j’avance vers une autre étape de ma peinture, mais cela non plus, ce n’est pas encore perceptible.

Louise Jalbert, “Le cerisier en octobre”, 2018, Gouache sur papier, 75 x 55 cm

Parle-moi d’amour

est un évènement bien connu de la communauté artistique de Montréal, auquel je serai heureuse de participer en février 2019 avec cette aquarelle, Orange au mois d’août.
Le titre de l’évènement est sans doute inspiré de la chanson Parlez-moi d’amour, qui évoque la douceur des mots tendres et apaisants pour un coeur meurtri quand la vie lui est amère.

C’est une réalité hélas trop fréquente pour les personnes aux prises avec des troubles de santé mentale, ainsi que pour leurs proches. L’organisme Les Impatients s’est donné comme mission de leur venir en aide grâce à des activités d’expression artistiques.

Avec l’exposition-encan Parle-moi d’amour, les oeuvres des participants aux ateliers sont présentées de concert avec les celles d’artistes professionnels, une source de fierté pour tous les participants.

Je vous invite à venir parler un peu d’amour à ceux qui en ont grandement besoin. C’est une chance de voir les réalisations des impatients et d’acquérir une oeuvre d’art à prix concurrentiel.

 

Parle-moi d’amour: du 13 février au 27 février 2019
Vernissage le vendredi 15 février
Atrium de l’espace Wilder
1435, rue de Bleury, H3A 2H7
Louise Jalbert, “Orange en août”, 2017, Aquarelle sur papier, 28 x 37 cm, encadré
Photo Guy L’Heureux

Parfums

Le kaléidoscope de couleurs qui illuminait les arbres s’est maintenant déposé au sol, tapissant les rues et les parterres de nuances d’orange passé.
Avec ce dernier acte joué par les feuilles, c’est tout un cycle de vie qui s’achève à nos pieds. Je vois de l’élégance et de la grâce dans cette beauté aérienne qui se dépouille en un si somptueux abandon.

En se desséchant, les feuilles apportent un effet de légèreté et de bruissement sur l’asphalte. Sous mes pas, elles exhalent un parfum d’humus, remuant des souvenirs d’enfant qui joue dehors dans l’air vif de l’automne.

Et dans ce qui est familier peut se révéler une part de grandeur et de mystère.

Photo : Louise Jalbert, 2018

Octobre

Comme je m’inspire beaucoup de la nature, celle que j’ai sous les yeux au quotidien, il y a des moments dans l’année qui sont particulièrement stimulants, voire exaltants. Notre beau mois d’octobre en est un.

En quelques courtes semaines, de fin septembre à début novembre, ici au Québec, les couleurs des végétaux changent progressivement à chaque jour, déployant un éventail de couleurs tantôt éblouissantes, tantôt richement nuancées. Tout comme les écureuils qui se hâtent d’accumuler des provisions avant l’hiver, je me dépêche d’engranger autant d’études que possible de ces nombreuses harmonies.

Ce qui m’amène à travailler de façon beaucoup plus rapide; cela donne un effet plus relâché, moins fouillé. Bien que je voie ce qui pourrait être approfondi dans la gouache ci-haut, j’aime l’effet indéfini et énergique qui s’en dégage.

Dans mon désir d’exprimer ce que je perçois d’intangible dans la nature, cette qualité sera intéressante à explorer dans mes prochains essais. Avec ces grandes gouaches réalisées prestement, je définis peu à peu où je m’en vais, une étape à la fois.

Louise Jalbert, “Le lilas en octobre”, 2018, Gouache sur papier, 75 x 55 cm

Étude à la gouache

J’ai fait cette esquisse à la gouache de mes enfants quand ils étaient petits. Ce genre d’étude de couleur est à la base de ma pratique depuis les tout premiers débuts.

Je peins beaucoup la nature, puisqu’elle est sous mes yeux, et qu’elle m’enseigne beaucoup. Mais j’aime aussi peindre des gens, et j’ai envie de m’y remettre. Si vous avez envie d’une pause apaisante dans votre horaire chargé, faites moi signe, je suis à la recherche de modèles.

Louise Jalbert, Enfants regardant la télévision, 1995, gouache sur papier, 14 x 21 cm

Le rôle de l’artiste

Au cours de notre pèlerinage en Inde en mai dernier, nous avons eu le privilège de visiter plusieurs ashrams et de rencontrer quelques swamis remarquables.
L’un d’eux, Swami Janardananda, entr’autres projets, enseigne la tradition yogique aux jeunes de son voisinage, à Uttarkashi, Uttarakhand.
Après l’école, enfants et adolescents peuvent gravir l’escalier jusqu’au centre de yoga où ils sont invités à une séance de méditation, de chants sacrés, ou de postures de yoga. Les enseignements qu’ils reçoivent ainsi leur permettent de développer un esprit calme et fort, de même qu’un sens communautaire actif, principes qu’ils partagent ensuite avec leurs familles respectives.
Voilà plus de trente ans que Swami Janardananda a initié cette activité, et ce sont maintenant les enfants de la deuxième génération qui viennent et qui éduqueront la génération suivante. Alors qu’auparavant l’ignorance, la violence et l’alcoolisme étaient choses courantes parmi la population, la dignité et la solidarité sont maintenant de retour.

 

 

Après l’école, les enfants grimpent l’escalier qui mène au centre de yoga dont le jardin est soigneusement entretenu.

 

 

 

Au moment où la société indienne se développe à un rythme fulgurant, ce projet éducatif soutient la préservation de son héritage spirituel. Touchée par cet exemple d’enseignement, j’ai posé la question suivante à Swami Janardananda :

Quel est le rôle de l’artiste dans notre société?
Ce à quoi il m’a répondu après quelques instants de réflexion:

“Exprimez, sans vous exhiber. Tout est divin; si cela vient du coeur, ce sera divin”.

(J’ai interprété “sans vous exhiber” comme signifiant “sans vous exhiber personnellement” plutôt que sans exposer les oeuvres.)

Réponse simple et profonde, dont j’apprécie l’ouverture car il est impossible de définir le rôle de l’artiste (malgré mon questionnement). Créer ne peut être un devoir, c’est une impulsion, qui doit demeurer libre. Et qui vient du coeur.
Ces quelques mots qui peuvent suffire à orienter, non seulement le travail d’une artiste, mais celui de chacun d’entre nous.

 

 

Sur le bord de la route,
on trouvait aussi de fort bons conseils à qui veut bien les suivre.

 
Crédit photos
Anya Sluchak: Swami Janardananda
Louise Jalbert: Petite fille et sa mère grimpant les escaliers vers l’ashram
Karsten Verse et Julia Noelle: Femme sur la bord de la route

Un rêve

Il m’arrive de rêver de couleurs, souvent celles que j’ai peintes pendant la journée et qui continuent de faire leur chemin dans mon esprit.

En général, ces rêves sont agréables, mais s’évaporent assez vite. Cette fois-ci, l’image était très claire, et le contexte aussi. Je ne baignais pas dans les couleurs que j’utilise en ce moment, et je me suis observé dans le geste de peindre.

Alors j’ai eu envie de faire ce tableau, aussi fidèlement que possible. Le résultat est étonnant; d’abord parce qu’il est très proche de mon rêve, et aussi, parce que tout en le faisant, il me venait d’autres images en lien avec celle-ci.

La première est l’oeuvre d’une artiste américaine, Lynette Lombard, dont j’avais vu quelques oeuvres lors d’une visite das les galeries de New York, l’an dernier. Voici un exemple de sa série “Night Paintings”

Et la 2ème, encore plus évidente à mes yeux, est celle des Nymphéas de Monet, que je suis allée revoir à Paris, en septembre de l’an dernier. Il ne s’agit pas ici de faire de comparaison, mais de reconnaître une influence plus ou moins consciente, et qui s’exerce depuis mes études au Cégep en histoire de l’art, où j’ai découvert l’art des impressionnistes.

Il y a beaucoup dans l’oeuvre de Monet qui me touche et me stimule: son intérêt pour le paysage, son étude de la couleur et de la lumière, et surtout ces magnifiques Nymphéas, qui occupèrent les derniers vingt ans de sa vie, dont la dimension même nous fait entrer dans la couleur et le geste de peindre. Son exemple est certainement inspirant, je dirais édifiant, à ce moment où je cherche à élargir l’envergure de mon travail.

Louise Jalbert, “Rêve en bleu”, 2018, Gouache sur papier, 55x 75 cm

Couleur et espace

En terminant ma série d’aquarelles, j’ai mentionné que je voulais poursuivre mon travail sur l’espace et la couleur, mais à plus grande échelle. À plus grand échelle signifie en plus grand format, mais ça peut aussi vouloir dire peindre plus largement, ou plus simplement. Comme mon travail se développe de façon assez intuitive, c’est en faisant que je vais trouver.

J’ai commencé avec quelques gouaches sur papier dont celle-ci, qui est le format maximum de mes aquarelles, soit 55 x 75 cm. J’y vais progressivement, parce que mes compositions sont assez complexes, et que je passe d’une technique à l’autre. Je reprends la gouache dont l’effet est proche de l’acrylique que j’utiliserai sur toile, en format 76 x 91 cm ou 91 x 121 cm, par exemple. Rien de monumental, mais suffisant pour changer mes récentes habitudes visuelles et manuelles.

Le rythme aussi se modifie; je suis plus lente pendant que j’explore d’autres façons de faire. Je n’ai pas la même dextérité et c’est parfait, le temps, les difficultés me font faire une réflexion sur mes intentions dans ce désir d’expansion et d’approfondissement. Ce questionnement fondamental est toujours présent, mais dans une période de transition, il reprend toute sa pertinence.

 

 

Je profite des derniers jours d’été
pour travailler dehors et affiner ma perception des couleurs et de l’espace.

 
Louise Jalbert, “Arbustes au couchant”, 2018, Gouache sur papier, 56 x 76 cm

Encore de l’herbe

“Vert, c’est la couleur de la jeunesse; elle déborde d’une énergie printanière. C’est la couleur de la terre florissante. Le vert n’est pas statique mais plein de l’énergie et de l’impulsion de la croissance, impatient, pressé dans sa course vers la lumière. La gravité ne peut le retenir, l’appel de la lumière se faisant toujours plus impératif. Vert, c’est la couleur du désir incessant. Même sous la terre, étouffée par l’asphalte ou le macadam, la lame verte surgira. Car rien ne peut retenir l’herbe de pousser.”

John O’Donohue,
Beauty, The Invisible Embrace, Harper Perennial, 2004, p.105
Traduction Louise Jalbert

Louise Jalbert, “Herbe avec rose et orange” 2015, Aquarelle sur papier, 22 x 29 cm