Surprise au mois d’août

En novembre prochain, je participerai à une exposition de groupe à la galerie Beaux-Arts des Amériques, à Montréal.

Cette exposition aura un thème, qui est Le Cadeau. Chacun est libre d’interpréter ce thème à sa guise. Pour ma part, parmi tous les cadeaux que la vie nous offre, celui de la lumière est l’un des plus précieux.

Sans la lumière du soleil, il n’y aurait pas de vie sur terre, et l’on sent bien, quand elle se fait rare en hiver, l’importance qu’elle exerce sur notre bien-être. Je pourrais dire qu’elle est à la source même de mon métier: c’est elle qui me donne le plaisir simple mais fondamental de voir. Ce sont les changements de lumière qui me révèlent les variations de couleurs et qui estompent ou accentuent ses jeux sur les formes. C’est encore elle qui nous fait comprendre l’espace et sa profondeur; à certaines heures du jour, mine de rien, il lui arrive d’ajouter une touche de sublime à notre monde matériel.

Une seule oeuvre par artiste sera présentée à cet évènement, mais afin de pouvoir choisir, j’ai préparé plusieurs aquarelles. Voici l’une d’elles.

Louise Jalbert, Surprise au mois d’août, 2019, Aquarelle sur papier, 50 x 50 cm

De retour dans l’atelier

Maintenant que mon processus d’inventaire est bien démarré, me voici de retour à l’atelier avec une meilleure concentration.

Il semble que le temps passé à revoir mon travail précédent m’ait permis d’intégrer la technique acrylique qui me posait problème auparavant. C’est plus plus naturel maintenant, mes mains savent comment faire. Mieux encore, je reviens avec un regard rafraîchi et une perspective élargie.

Mon intention aujourd’hui est de continuer à peindre, mais de façon plus intuitive, pas tant comme un manifeste mais plutôt comme une pratique: je pars d’où je suis, avec ce que j’ai compris jusqu’à présent et je vais de l’avant avec ce qui vient. Je suis curieuse de voir ce qu’il en ressortira, et ce que j’en apprendrai: voilà un début.

Louise Jalbert, “Jaune en octobre“, 2019, Acrylique sur toile, 76 x 92 cm

Promenade au jardin

Me voici à peu près à mi-chemin de l’inventaire, et malgré le temps exigé par la tâche, je suis très contente du résultat. Au fur et à mesure que les oeuvres sont répertoriées, et regroupées selon un ordre chronologique ou thématique, un agréable sentiment de clarté se fait sentir. Non seulement je sais où se trouve chaque tableau ou dessin, mais je sais ce que j’en pense de façon plus objective car le temps m’a donné du recul.

Certaines oeuvres sont éliminées, moins que je ne le pensais, et c’est une agréable surprise. D’autres sont libérées de leurs cadres qui ne vont plus; je refais des emballages, et même quelque fois des retouches.

J’avais rangé ce tableau sans en être satisfaite, ne sachant trop ce qui clochait; en le sortant de l’étagère, j’ai eu envie de le reprendre. C’est toujours un peu hasardeux de reprendre une oeuvre à des années d’intervalle, parce qu’on a changé. Et ma façon de peindre aussi a changé. Mais je pense l’avoir mené à une résolution plus harmonieuse, où les formes flottent moins dans l’espace comme dans la version originale ci-dessous.

Mais le plus grand bénéfice de cet exercice, c’est la perspective sur l’ensemble de ce que j’ai fait. C’est comme si je faisais une promenade dans mon jardin, visitant tout ce que j’ai semé ou planté depuis quelques décennies, des petites fleurs printanières jusqu’aux arbres dont les feuillages s’épanouissent en automne. Le point de vue est intéressant!

C’est satisfaisant et simulant aussi, car ce processus de révision amène une réflexion. Ce qui risque d’avoir une influence sur la suite des choses, on verra bien laquelle.

Louise Jalbert, “Sostenato”, 2008-2019 Acrylique sur toile, 40 x 50 cm

L’inventaire complet, c’est parti.

Tout artiste en arts visuels bâtit un inventaire avec le temps. Le processus de création implique une production d’oeuvres et d’essais plus ou moins aboutis, plus ou moins pertinents selon la recherche, mais qui ont servi à développer un corpus. On ne vend jamais tout non plus, ce qui fait qu’avec les années, il y a une accumulation.

Ça fait un moment que je songe à refaire mon inventaire au complet, en bonne et due forme. Un projet considérable et que je ne savais trop comment entreprendre. Fort heureusement, notre association d’artistes à Montréal, le RAAV, offre chaque année un choix de formations en gestion de carrière artistique, que ce soit la présence en ligne ou les dédales de l’archivage. J’ai donc suivi celles en relation avec mon projet, après quoi j’ai consulté un ami bibliothécaire afin de me faire un système sur mesure, simple et adéquat.

Pourquoi me donner la peine de faire ce travail? Pour ma paix d’esprit d’abord; c’est beaucoup plus commode de savoir ce que j’ai fait et comment le trouver. Étant plutôt organisée de nature, j’ai toujours tenu une certaine classification. Mais le temps parfois a manqué, et il y a certains flous, par exemple des oeuvres que je n’ai pas revues depuis des années, et qui sont plus ou moins répertoriées. Il est temps de faire une révision, et de documenter le parcours des dernières décennies.

Et puis, mon art fait partie de mon héritage. Que celui-ci soit d’intérêt personnel ou culturel éventuellement reste à voir, mais je tiens à ce qu’il soit facile d’accès et compréhensible.

Cette tâche minutieuse demande du temps et de la patience. Afin d’en venir à bout sans m’y perdre, j’ai résolu d’établir un budget et d’engager une assistante. Quelle bonne idée j’ai eue!

M’adressant à notre association artistique régionale cette fois, Culture Montérégie, j’ai été mise en contact avec Louise-Andrée Lalonde, qui possède les habiletés informatiques et l’expérience administrative nécessaire. Elle-même une artiste, elle comprend mes besoins, et notre collaboration lui permet d’apprendre à faire son propre inventaire, ce qui rend le tout stimulant pour les deux.

En tant que peintre, j’ai l’habitude de faire beaucoup de choses seule. Mais certaines tâches se font mieux à deux et c’est bien plus agréable ainsi. Tous les vendredis depuis la mi-janvier, nous progressons et nous avons à ce jour complété environ 25% du travail. Évaluation peut-être optimiste, mais je commence à voir la lumière au bout du tunnel.

Photos Louise Jalbert, “Inventaire en cours”, and “Louise-Andrée au travail” 2019

Quand rien ne va plus

Ces derniers mois, j’ai été longtemps dans l’effort, pas assez dans le ressenti, et ça paraît. Tout ce que je fais est laborieux, sans élan. Pire encore, j’ai l’impression de ne plus rien “voir”: j’ai beau regarder toutes ces belles choses sous mes yeux, je ne les vois plus vraiment et je me sens vide.

La cloche de la récréation sonne très fort et pourtant je résiste bêtement parce que je n’aime pas m’avouer vaincue quand rien de va plus. Abandonner alors que j’ai l’impression de n’avoir rien fait est frustrant. C’est dur d’admettre que je n’y arrive pas (pour l’instant) et que je n’y arriverai peut-être jamais (ah non?). Mais c’est nécessaire.

J’aime être engagée dans un processus de création, développer des idées, explorer de nouvelles possibilités…mais quand je pousse trop, je court-circuite ces possibilités et tout devient lourd et difficile.

Alors finalement, j’ai pris congé de l’atelier il y a deux ou trois semaines et ça va déjà mieux. Même que j’ai fais quelques petits croquis: signe que, sous ce long couvert de gris et de glace, l’inspiration semble vouloir renaître.

Cette pause m’a permis d’ajouter quelques images sur mon site web et de rafraîchir la page d’accueil. Tout ça, comme toujours, avec l’aide de Guillaume Sanfaçon.

Louise Jalbert, Arbres dans la neige au soleil, esquisse, 2019, Crayon feutre sur papier, 20 x 8 cm

Un beau projet

J’ai reçu une commande cette semaine. Il s’agit de faire une oeuvre qui sera accrochée dans la chambre à coucher d’un jeune couple d’architectes montréalais. Leur proposition est très ouverte, avec comme seule directive de donner une impression d’être dans le feuillage, assez proche des aquarelles de ma récente série Le nez dans l’herbe.

Le format peut varier: comme l’oeuvre sera accrochée au-dessus de leur lit, j’ai tenté un format horizontal dans cette première esquisse ci-dessus. C’est une idée parmi d’autres que je développerai dans les prochaines semaines.

J’apprécie la confiance qu’ils me témoignent, d’autant plus que je suis en période de recherche actuellement. Cela signifie que même si j’ai une vision qui me guide, il y a encore beaucoup d’inconnu et je ne sais pas encore ce qui en résultera. La création, à mon sens, c’est ça: j’avance à partir d’une idée avec des moyens qui se définissent au fur et à mesure du processus. Je fais des essais, des erreurs, des modifications; ce tâtonnement permet de déboucher sur un résultat souvent inattendu, mais pertinent.

De façon consciente ou non, chacun de nous est continuellement en train de créer quelque chose, que ce soit une pensée, une habitude, un repas, un projet, une relation ou une carrière. A chaque moment de notre vie, nous avons le choix de ce que nous créons et comment. Je fais ce projet qui, je le souhaite, réjouira mes clients et me fera évoluer dans mon art. Et vous, qu’êtes-vous en train de créer maintenant?

Louise Jalbert, “Jamais la fin d’été”, 2018, Gouache sur papier, 35 x 86 cm