Le regard et la beauté

Lundi, un vent puissant secouait les arbres et arrachait les feuilles de leurs branches, les emportant dans un tourbillon. La splendeur du mois d’octobre se dépouille maintenant, faisant place à la sobriété de novembre. Au cours des dernières semaines, la lumière éblouissante et les couleurs vives de notre automne québécois ont été intenses. Cette apothéose m’apparait comme un ultime cadeau de la nature, permettant à nos sens et à notre mémoire de se rassasier afin d’être prêts pour accueillir l’austérité de l’hiver.

C’est un exercice pour le regard à propos de la beauté dans ses formes souvent opposées. Je m’avance ici à tous petits pas, car prétendre définir la beauté n’est pas une mince affaire. Il existe sans doute autant d’énonciations sur le sujet que d’individus prêts à y réfléchir. Mais je crois qu’au fond de chacun de nous, il y a un appel à la beauté.

Le poète et philosophe irlandais John O’Donohue a profondément réfléchi à ce sujet. Il évoque ses réflexions dans une entrevue (en anglais, mais avec une transcription) avec Krista Tippet.

La beauté ne se compose pas que de charme, de joliesse. Il s’agit plutôt d’un devenir essentiel et épanouissant. En ce sens, je crois que la beauté est une forme d’ampleur émergente, un sentiment d’élégance et de grâce, une impression de grande profondeur ainsi qu’une sorte de retour au bercail pour la mémoire ainsi enrichie de votre vie qui se déploie.

John O’Donohue,
traduction Louise Jalbert

John O’Donohue — The Inner Landscape of Beauty

John O’Donohue exprimait ses réflexions sur un sujet aussi insaisissable de façon admirablement imagée et sensible. Ses paroles et sa voix soulèvent en moi une résonnance et une compréhension lumineuse de la beauté dans toute sa magnificence. Tel est le pouvoir de la poésie.

N’étant ni poète ni philosophe, tenter de définir en mots me semble hors de portée. Il n’en reste pas moins que celle-ci me fascine sous toutes ses formes, et j’aime explorer cette notion avec mes propres moyens, la peinture et le dessin. Je tâtonne, mais je m’entête avec l’espoir de pouvoir exprimer ne serait-ce qu’une parcelle de mon émerveillement.