Dehors

est un des mots les plus joyeux que je connaisse. “Allez jouer dehors, les enfants” nous disait ma mère et c’était la récréation, été comme hiver.

J’ai toujours ce sentiment de liberté quand je suis dehors. C’est pour ça, peut-être, que que je peins à partir de la nature, parce que je m’y sens bien. Et dès que le temps le permet, je m’installe dehors pour travailler.

Pour des raisons pratiques, à l’extérieur j’utilise des techniques comme l’aquarelle ou le dessin, faciles à transporter. L’important pour moi est de capter la lumière, les couleurs, et me laisser imprégner par la vie autour de moi sous forme de sons, d’odeurs et de sensations diverses.

Voilà pourquoi je serai à l’extérieur de l’atelier autant que possible cet été. J’y reviendrai quand il pleut, et mon travail s’en trouvera bien aise.

Sur le bord de l’eau, Lacs Pinatel, Québec, été 2016

Le rythme et la couleur

Voilà deux composantes essentielles dans mon travail; et comme je veux leur donner plus d’importance, je me concentre sur elles en ce moment.
Isoler les composantes, c’est comme manger une orange un quartier à la fois: c’est plus facile et digeste…

J’ai expérimenté sur de la toile libre avec différents formats et matériaux pour voir ce qui se rapproche le mieux de ma vision.

En n’utilisant qu’une ou deux couleurs, des gestes spontanés et de larges pinceaux, je suis arrivée à un résultat étonnant, frais et dynamique.

J’y vois un belle leçon de simplicité, à retenir. Mais je veux y ajouter du contraste et plus de complexité.

Quelle sera la prochaine étape? Elle sera dans cette direction, en réunissant plus de rythmes et couleurs sur un même surface.

Où cela mène-t-il? J’ai une petite idée, mais rester à l’affut de ce qui se présente fait aussi partie de l’aventure.

Louise Jalbert, Essais techniques, 2018:
Rythmes de bleus en bandes, huile et acrylique sur toile, 86 x 93 cm
Rythmes verticaux et horizontaux en mouvement, huile sur toile, 63 x 76 cm
Essais de feuillage jaune, acrylique sur toile, 57 x 72 cm
Essai de ciel bleu, acrylique sur papier toilé, 51 x 40 cm

Dessins d’oiseaux

Il y a une semaine ou deux, j’étais devant ma fenêtre quand j’ai remarqué deux oiseaux, un mâle et une femelle Cardinal rouge, posés sur les branches d’un arbuste tout près.
Enfin, le retour des oisehttp://www.dfrinta.comaux!

Par un beau hasard, je recevais le jour même un courriel d’une amie, Dagmar Frinta, incluant les dessins d’oiseaux qu’elle venait de faire.

Le carnet de croquis d’une artiste est un lieu intime, un espace de tentatives, d’essais, de notes. C’est toujours un privilège d’y avoir accès, et un plaisir de regarder l’évolution de ses idées et ses inspirations.

Comme c’est souvent le cas dans un carnet, les dessins ici sont un exercice d’observation, et une façon de se remettre en contact ainsi avec soi-même, exercice que je pratique moi-même.

Excellente dessinatrice de longue date, Dagmar réussit à saisir les attributs et le caractère de ses modèles. Ses croquis révèlent également une sensibilité aux oiseaux, et une réelle joie à les regarder.
Il en émane une spontanéité et une ferveur qui les rend, je crois, particulièrement attachants.

 

Dagmar Frinta, “Étourneau sansonnet,” “Pic-bois,” Corneille d’Amérique,” “Sitelle à poitrine blanche,”   2018, Crayons de couleur sur carnet de note, 15 x 10 cm.
Photos Dagmar Frinta

Amender le sol

Je viens de terminer mon inventaire. C’est un exercice fastidieux, mais j’aime bien le faire. D’abord, c’est une façon de revoir le travail de l’année précédente, et ce recul stimule invariablement une réflexion. En passant d’une oeuvre à l’autre, je parcours les idées qui les sous-tendent, je vois celles qui ont été abouties, celles qui restent en ébauche et que j’ai peut-être envie de poursuivre.

Ensuite, je remets de l’ordre dans l’atelier pour créer un nouvel espace physique et mental. Mais avant de tout ranger, je garde toujours quelques pièces avec moi, que je place sur un mur. Certaines sont achevées, d’autres pas.

Sur ce mur, il y a un ramassis d’images qui m’inspirent: des reproductions de tableaux, des photos qui me rappellent une idée, une harmonie de couleurs, des bouts de tissus. Toutes ces images forment un ensemble qui génère un conversation silencieuse, mais fertile.

J’aime avoir ce mur sous les yeux: c’est un univers abondant de possibilités, un grand collage qui nourrit mon imaginaire.
C’est mon terreau de rêverie, dont j’amende le sol avec soin.


Photo 2: Louise Jalbert, “Feuillage rouge sur feuillage jaune, 2016-2017, aquarelle sur papier, 18x 27 et 37 x 54 cm, et quelques croquis, reproductions des oeuvres de Pierre Bonnard, Marc Chagall, Mark Rothko, David Hockney, Henri Matisse, Claude Monet, et W.M.Turner.
Photo 1: Louise Jalbert, Aquarelles de la série “Le nez dans l’herbe”, 2015-2017

 

Voir

“Apprendre à dessiner est en réalité apprendre à voir, à voir correctement,
ce qui veut dire aller bien au-delà de seulement regarder avec ses yeux.”

Kimon Nicolaides, The Natural Way to Draw

Louise Jalbert, Étude de jardin, octobre, 2014, Crayon feutre sur papier, 11 x 15 cm

La neige qui tombe

Regarder la neige tomber est toujours un peu magique.
Sauf quand on est au volant, bien sur.

Mais pendant quelques minutes, si je mets de côté les inconvénients, et que je regarde naïvement ce phénomène, cela peut-être fascinant. Tout comme peuvent l’être ces petits globes aux scènes d’hiver que l’on secoue pour voir tomber de petits confettis blancs. Sauf qu’ici la sphère est beaucoup plus grande.

Ce que j’observe, c’est que les flocons de neige descendants me font prendre conscience de la présence de l’air, par le simple fait d’occuper son espace auparavant invisible. Les plus proches sont plus gros, ils viennent atterrir sur mon visage. D’autres tombent plus loin, ils m’apparaissent de plus en plus petits. Tous ces points blancs de tailles variées créent un sens de la profondeur.

Et cela se fait de façon dynamique. Ensemble, ils virevoltent au gré des coups de vent, ou descendent en douceur, en une silencieuse chorégraphie qui se crée devant mes yeux. Le ciel est blanc, les couleurs sont estompées, et les formes des maisons, des arbres, des voitures deviennent un peu floues, presqu’effacées.

Cela donne une autre impression de l’espace, parce que maintenant l’air n’est plus ce vide que je suis habituée de ne pas voir, il devient habité, vivant et animé.

Et il prend sa place.
En fait, il est toujours ainsi, seulement, quand la neige tombe, je le vois.

Louise Jalbert, “Effet de neige, janvier”, 2018, Gouache sur papier, 23 x 30 cm