Parfums

Le kaléidoscope de couleurs qui illuminait les arbres s’est maintenant déposé au sol, tapissant les rues et les parterres de nuances d’orange passé.
Avec ce dernier acte joué par les feuilles, c’est tout un cycle de vie qui s’achève à nos pieds. Je vois de l’élégance et de la grâce dans cette beauté aérienne qui se dépouille en un si somptueux abandon.

En se desséchant, les feuilles apportent un effet de légèreté et de bruissement sur l’asphalte. Sous mes pas, elles exhalent un parfum d’humus, remuant des souvenirs d’enfant qui joue dehors dans l’air vif de l’automne.

Et dans ce qui est familier peut se révéler une part de grandeur et de mystère.

Photo : Louise Jalbert, 2018

Étude à la gouache

J’ai fait cette esquisse à la gouache de mes enfants quand ils étaient petits. Ce genre d’étude de couleur est à la base de ma pratique depuis les tout premiers débuts.

Je peins beaucoup la nature, puisqu’elle est sous mes yeux, et qu’elle m’enseigne beaucoup. Mais j’aime aussi peindre des gens, et j’ai envie de m’y remettre. Si vous avez envie d’une pause apaisante dans votre horaire chargé, faites moi signe, je suis à la recherche de modèles.

Louise Jalbert, Enfants regardant la télévision, 1995, gouache sur papier, 14 x 21 cm

Le rôle de l’artiste

Au cours de notre pèlerinage en Inde en mai dernier, nous avons eu le privilège de visiter plusieurs ashrams et de rencontrer quelques swamis remarquables.
L’un d’eux, Swami Janardananda, entr’autres projets, enseigne la tradition yogique aux jeunes de son voisinage, à Uttarkashi, Uttarakhand.
Après l’école, enfants et adolescents peuvent gravir l’escalier jusqu’au centre de yoga où ils sont invités à une séance de méditation, de chants sacrés, ou de postures de yoga. Les enseignements qu’ils reçoivent ainsi leur permettent de développer un esprit calme et fort, de même qu’un sens communautaire actif, principes qu’ils partagent ensuite avec leurs familles respectives.
Voilà plus de trente ans que Swami Janardananda a initié cette activité, et ce sont maintenant les enfants de la deuxième génération qui viennent et qui éduqueront la génération suivante. Alors qu’auparavant l’ignorance, la violence et l’alcoolisme étaient choses courantes parmi la population, la dignité et la solidarité sont maintenant de retour.

 

 

Après l’école, les enfants grimpent l’escalier qui mène au centre de yoga dont le jardin est soigneusement entretenu.

 

 

 

Au moment où la société indienne se développe à un rythme fulgurant, ce projet éducatif soutient la préservation de son héritage spirituel. Touchée par cet exemple d’enseignement, j’ai posé la question suivante à Swami Janardananda :

Quel est le rôle de l’artiste dans notre société?
Ce à quoi il m’a répondu après quelques instants de réflexion:

“Exprimez, sans vous exhiber. Tout est divin; si cela vient du coeur, ce sera divin”.

(J’ai interprété “sans vous exhiber” comme signifiant “sans vous exhiber personnellement” plutôt que sans exposer les oeuvres.)

Réponse simple et profonde, dont j’apprécie l’ouverture car il est impossible de définir le rôle de l’artiste (malgré mon questionnement). Créer ne peut être un devoir, c’est une impulsion, qui doit demeurer libre. Et qui vient du coeur.
Ces quelques mots qui peuvent suffire à orienter, non seulement le travail d’une artiste, mais celui de chacun d’entre nous.

 

 

Sur le bord de la route,
on trouvait aussi de fort bons conseils à qui veut bien les suivre.

 
Crédit photos
Anya Sluchak: Swami Janardananda
Louise Jalbert: Petite fille et sa mère grimpant les escaliers vers l’ashram
Karsten Verse et Julia Noelle: Femme sur la bord de la route

Encore de l’herbe

“Vert, c’est la couleur de la jeunesse; elle déborde d’une énergie printanière. C’est la couleur de la terre florissante. Le vert n’est pas statique mais plein de l’énergie et de l’impulsion de la croissance, impatient, pressé dans sa course vers la lumière. La gravité ne peut le retenir, l’appel de la lumière se faisant toujours plus impératif. Vert, c’est la couleur du désir incessant. Même sous la terre, étouffée par l’asphalte ou le macadam, la lame verte surgira. Car rien ne peut retenir l’herbe de pousser.”

John O’Donohue,
Beauty, The Invisible Embrace, Harper Perennial, 2004, p.105
Traduction Louise Jalbert

Louise Jalbert, “Herbe avec rose et orange” 2015, Aquarelle sur papier, 22 x 29 cm

L’herbe

“En travaillant dans le jardin, vous servirez les arbres et les plantes et vivant parmi eux, essayez de devenir comme eux. Que les arbres soient votre Guru. Un arbre donne ses fruits et de l’ombre. Quand le fruit est mur, il tombe, il est sucré au goût. Vous utilisez le bois de l’arbre pour cuisiner. Donc l’arbre se donne entièrement, il ne garde rien.”

“Regardez comment les arbres grandissent et apprenez d’eux. Ainsi de l’herbe. L’herbe est humble, elle endure tout. Les gens marchent dessus, la coupent, elle ne se défend pas. De même la terre; tout le monde marche dessus, on la martèle, on la réduit en poudre-on en fait ce qu’on veut, elle reste tranquille et bienveillante.”

Anandamayi Ma

Extrait de “As The Flower Sheds its Fragrance, Dairy Leaves of a Devotee”, propos d’Anandamayi Ma recueilis par Atmananda, une fidèle d’origine autrichienne.

Louise Jalbert, “Herbe avec jaune et violet”, 2017, Aquarelle sur papier, 27 x 38 cm. Photo Guy L’Heureux

Une étude de pin

Quand je travaille dehors, je suis davantage concentrée à observer qu’à développer une idée toute neuve.

Je privilégie une attitude ouverte, attentive aux couleurs, aux mouvements, aux odeurs et tout autre picotement d’aiguilles de pin: c’est un mode réceptif, qui enregistre. Bien sur, une sélection doit se faire ( je n’ai pas décrit chaque aiguille de pin, chaque crevasse de l’écorce, donc j’ai simplifié), mais c’est quand même assez studieux.

Ce n’est pas le chemin de tous les artistes, mais pour ma part, j’ai besoin de passer par là pour apprendre. Je fais cet exercice pour nourrir mon imaginaire et pour être en contact avec ce que je veux exprimer de plus subtil.

Mon but n’est pas de faire une copie conforme: ça n’a pas d’importance, parce que chaque esquisse est une pratique, qui exprime ce que j’ai retenu à ce moment là.

Ce faisant, un dialogue se crée entre ce que je cherche à capter (Ai-je saisi l’essence de ce pin? Ai-je réussi à en traduire la majesté, la force de son tronc et la douceur de son feuillage? Le chant que fait le vent dans ses branches? Ça fait pas mal de choses, hein?) et ce que je perçois, ou devine, et qui est au-delà de toutes ces sensations.

C’est cette perception qui m’intéresse, avant tout. Elle se révèle par le contact direct avec la nature. Et elle vient comme ça, mine de rien, quand je suis attentive et que je ne la cherche pas.

Louise Jalbert, “Grand pin, lac Paré, 27 juillet 2018”, Aquarelle sur papier, album aquarelle Moleskine, 21 x 58 cm

Peindre en plein air

Pourquoi peindre en plein air? Pour apprendre en observant, c’est simple, mais pas si simple que ça.

Dans mon cas, il s’agit plutôt de dessins et d’esquisses couleurs que de peintures à proprement parler. C’est la première étape de mon travail, la deuxième se fait dans l’atelier, à partir de ces esquisses, nourrie de cette expérience.

Dehors, dans la nature, il se passe des choses. La lumière de 11 heures n’est plus la même à midi. Le vent transforme les nuages, un oiseau chante puis s’arrête, il fait chaud, il fait froid, tiens, il pleut, le lac devient gris et les vagues font un bruit de clapotis.

Moi, j’essaie de capter un petit quelque chose: les diagonales du mouvement de l’eau, les nuages qui s’y réfléchissent, les couleurs sous mes yeux et celles au loin. Dans cette myriade de détails, je dois choisir; et chaque essai est une leçon unique.

Ce qui fait que cet exercice, bien que classique et apparemment désuet, me plait énormément. J’aime être dehors, c’est certain, mais j’aime aussi ce dialogue entre ce qui se passe, ce que j’arrive à en faire et ce qui vient en faisant. C’est plutôt simple, non?

Louise Jalbert, “Lac Paré, 27 juillet 2018”, Aquarelle sur papier, album aquarelle Moleskine, 21 x 58 cm

Dehors

est un des mots les plus joyeux que je connaisse. “Allez jouer dehors, les enfants” nous disait ma mère et c’était la récréation, été comme hiver.

J’ai toujours ce sentiment de liberté quand je suis dehors. C’est pour ça, peut-être, que que je peins à partir de la nature, parce que je m’y sens bien. Et dès que le temps le permet, je m’installe dehors pour travailler.

Pour des raisons pratiques, à l’extérieur j’utilise des techniques comme l’aquarelle ou le dessin, faciles à transporter. L’important pour moi est de capter la lumière, les couleurs, et me laisser imprégner par la vie autour de moi sous forme de sons, d’odeurs et de sensations diverses.

Voilà pourquoi je serai à l’extérieur de l’atelier autant que possible cet été. J’y reviendrai quand il pleut, et mon travail s’en trouvera bien aise.

Sur le bord de l’eau, Lacs Pinatel, Québec, été 2016

Juillet

C’est l’été, c’est même la canicule ici au Québec. C’est le temps où il fait bon se détendre et prendre le temps de recharger ses batteries. Avec cette chaleur, je rêve d’eau et de baignades. Vous aussi peut-être, alors j’ai pensé vous rafraîchir les yeux.

Sur un air de vacances, je vous ouvre mes carnets d’aquarelles, ceux que je fais en toute liberté dehors et qui font partie de ma routine d’été.

 

Louise Jalbert, “Carnet Lacs Pinatel, 14 et 15 juillet 2016,  Aquarelle sur papier, carnet Moleskine 13 x 41 cm. 

Un dessin

Je suis de retour dans l’atelier, la tête pleine d’images de mon voyage en Inde. C’est assez effervescent, mais pas encore très précis.

Voici un dessin que j’ai fait à Uttarkashi. Il contient des éléments de mon travail précédent sur les feuillages et pointe dans la direction que je veux développer, une composition à la fois plus ouverte et élaborée, inspirée de l’esprit de la nature. Les oiseaux sont un nouvel ajout.

Ce n’est pas un dessin d’observation, mais une image qui m’est venue très tôt un matin vers 4 ou 5 heures, alors que j’émergeais du sommeil. Étonnamment, il était assez facile de m’éveiller à ces heures indues dans les Himalayas, et le tableau en valait vraiment la peine.

J’ai bondis hors de ma chambre et me suis assise dans le jardin face au Gange, dessinant vite pour ne pas perdre ma vision. Le chant des oiseaux montait et le soleil colorait progressivement la cime des montagnes.

Cette petite esquisse dans un carnet est un précieux souvenir. Mais surtout, elle contient le germe de ce que je veux développer dans les prochains mois, c’est-à-dire la notion d’interrelation qui existe en toutes choses et que je veux mettre en évidence, en plus grand format.

Je partagerai avec vous cette recherche au fur et à mesure de son évolution. N’hésitez pas à me faire part de vos commentaires sur Instagram!

Louise Jalbert, “Les Upanishads en rêve”, 2018, Crayon feutre dans un carnet, 17 x 12 cm