Encore de l’herbe

“Vert, c’est la couleur de la jeunesse; elle déborde d’une énergie printanière. C’est la couleur de la terre florissante. Le vert n’est pas statique mais plein de l’énergie et de l’impulsion de la croissance, impatient, pressé dans sa course vers la lumière. La gravité ne peut le retenir, l’appel de la lumière se faisant toujours plus impératif. Vert, c’est la couleur du désir incessant. Même sous la terre, étouffée par l’asphalte ou le macadam, la lame verte surgira. Car rien ne peut retenir l’herbe de pousser.”

John O’Donohue,
Beauty, The Invisible Embrace, Harper Perennial, 2004, p.105
Traduction Louise Jalbert

Louise Jalbert, “Herbe avec rose et orange” 2015, Aquarelle sur papier, 22 x 29 cm

L’herbe

“En travaillant dans le jardin, vous servirez les arbres et les plantes et vivant parmi eux, essayez de devenir comme eux. Que les arbres soient votre Guru. Un arbre donne ses fruits et de l’ombre. Quand le fruit est mur, il tombe, il est sucré au goût. Vous utilisez le bois de l’arbre pour cuisiner. Donc l’arbre se donne entièrement, il ne garde rien.”

“Regardez comment les arbres grandissent et apprenez d’eux. Ainsi de l’herbe. L’herbe est humble, elle endure tout. Les gens marchent dessus, la coupent, elle ne se défend pas. De même la terre; tout le monde marche dessus, on la martèle, on la réduit en poudre-on en fait ce qu’on veut, elle reste tranquille et bienveillante.”

Anandamayi Ma

Extrait de “As The Flower Sheds its Fragrance, Dairy Leaves of a Devotee”, propos d’Anandamayi Ma recueilis par Atmananda, une fidèle d’origine autrichienne.

Louise Jalbert, “Herbe avec jaune et violet”, 2017, Aquarelle sur papier, 27 x 38 cm. Photo Guy L’Heureux

Une étude de pin

Quand je travaille dehors, je suis davantage concentrée à observer qu’à développer une idée toute neuve.

Je privilégie une attitude ouverte, attentive aux couleurs, aux mouvements, aux odeurs et tout autre picotement d’aiguilles de pin: c’est un mode réceptif, qui enregistre. Bien sur, une sélection doit se faire ( je n’ai pas décrit chaque aiguille de pin, chaque crevasse de l’écorce, donc j’ai simplifié), mais c’est quand même assez studieux.

Ce n’est pas le chemin de tous les artistes, mais pour ma part, j’ai besoin de passer par là pour apprendre. Je fais cet exercice pour nourrir mon imaginaire et pour être en contact avec ce que je veux exprimer de plus subtil.

Mon but n’est pas de faire une copie conforme: ça n’a pas d’importance, parce que chaque esquisse est une pratique, qui exprime ce que j’ai retenu à ce moment là.

Ce faisant, un dialogue se crée entre ce que je cherche à capter (Ai-je saisi l’essence de ce pin? Ai-je réussi à en traduire la majesté, la force de son tronc et la douceur de son feuillage? Le chant que fait le vent dans ses branches? Ça fait pas mal de choses, hein?) et ce que je perçois, ou devine, et qui est au-delà de toutes ces sensations.

C’est cette perception qui m’intéresse, avant tout. Elle se révèle par le contact direct avec la nature. Et elle vient comme ça, mine de rien, quand je suis attentive et que je ne la cherche pas.

Louise Jalbert, “Grand pin, lac Paré, 27 juillet 2018”, Aquarelle sur papier, album aquarelle Moleskine, 21 x 58 cm

Peindre en plein air

Pourquoi peindre en plein air? Pour apprendre en observant, c’est simple, mais pas si simple que ça.

Dans mon cas, il s’agit plutôt de dessins et d’esquisses couleurs que de peintures à proprement parler. C’est la première étape de mon travail, la deuxième se fait dans l’atelier, à partir de ces esquisses, nourrie de cette expérience.

Dehors, dans la nature, il se passe des choses. La lumière de 11 heures n’est plus la même à midi. Le vent transforme les nuages, un oiseau chante puis s’arrête, il fait chaud, il fait froid, tiens, il pleut, le lac devient gris et les vagues font un bruit de clapotis.

Moi, j’essaie de capter un petit quelque chose: les diagonales du mouvement de l’eau, les nuages qui s’y réfléchissent, les couleurs sous mes yeux et celles au loin. Dans cette myriade de détails, je dois choisir; et chaque essai est une leçon unique.

Ce qui fait que cet exercice, bien que classique et apparemment désuet, me plait énormément. J’aime être dehors, c’est certain, mais j’aime aussi ce dialogue entre ce qui se passe, ce que j’arrive à en faire et ce qui vient en faisant. C’est plutôt simple, non?

Louise Jalbert, “Lac Paré, 27 juillet 2018”, Aquarelle sur papier, album aquarelle Moleskine, 21 x 58 cm

Dehors

est un des mots les plus joyeux que je connaisse. “Allez jouer dehors, les enfants” nous disait ma mère et c’était la récréation, été comme hiver.

J’ai toujours ce sentiment de liberté quand je suis dehors. C’est pour ça, peut-être, que que je peins à partir de la nature, parce que je m’y sens bien. Et dès que le temps le permet, je m’installe dehors pour travailler.

Pour des raisons pratiques, à l’extérieur j’utilise des techniques comme l’aquarelle ou le dessin, faciles à transporter. L’important pour moi est de capter la lumière, les couleurs, et me laisser imprégner par la vie autour de moi sous forme de sons, d’odeurs et de sensations diverses.

Voilà pourquoi je serai à l’extérieur de l’atelier autant que possible cet été. J’y reviendrai quand il pleut, et mon travail s’en trouvera bien aise.

Sur le bord de l’eau, Lacs Pinatel, Québec, été 2016

Juillet

C’est l’été, c’est même la canicule ici au Québec. C’est le temps où il fait bon se détendre et prendre le temps de recharger ses batteries. Avec cette chaleur, je rêve d’eau et de baignades. Vous aussi peut-être, alors j’ai pensé vous rafraîchir les yeux.

Sur un air de vacances, je vous ouvre mes carnets d’aquarelles, ceux que je fais en toute liberté dehors et qui font partie de ma routine d’été.

 

Louise Jalbert, “Carnet Lacs Pinatel, 14 et 15 juillet 2016,  Aquarelle sur papier, carnet Moleskine 13 x 41 cm. 

Un dessin

Je suis de retour dans l’atelier, la tête pleine d’images de mon voyage en Inde. C’est assez effervescent, mais pas encore très précis.

Voici un dessin que j’ai fait à Uttarkashi. Il contient des éléments de mon travail précédent sur les feuillages et pointe dans la direction que je veux développer, une composition à la fois plus ouverte et élaborée, inspirée de l’esprit de la nature. Les oiseaux sont un nouvel ajout.

Ce n’est pas un dessin d’observation, mais une image qui m’est venue très tôt un matin vers 4 ou 5 heures, alors que j’émergeais du sommeil. Étonnamment, il était assez facile de m’éveiller à ces heures indues dans les Himalayas, et le tableau en valait vraiment la peine.

J’ai bondis hors de ma chambre et me suis assise dans le jardin face au Gange, dessinant vite pour ne pas perdre ma vision. Le chant des oiseaux montait et le soleil colorait progressivement la cime des montagnes.

Cette petite esquisse dans un carnet est un précieux souvenir. Mais surtout, elle contient le germe de ce que je veux développer dans les prochains mois, c’est-à-dire la notion d’interrelation qui existe en toutes choses et que je veux mettre en évidence, en plus grand format.

Je partagerai avec vous cette recherche au fur et à mesure de son évolution. N’hésitez pas à me faire part de vos commentaires sur Instagram!

Louise Jalbert, “Les Upanishads en rêve”, 2018, Crayon feutre dans un carnet, 17 x 12 cm

Entre-deux

Maintenant que le printemps est enfin arrivé, nous voici à ce moment particulier où après avoir beaucoup attendu, nous le regardons aussi beaucoup venir.

C’est toujours ainsi que ça se passe au Québec: il y a un entre-deux, entre l’hiver et le printemps, entre les bancs de neige qui fondent et la nouvelle saison qui est dans l’air, mais pas encore évidente, du moins à nos yeux.

On dirait que la nature elle-même retient son souffle, aussi excitée que nous à l’approche du renouveau.

La lumière est l’attrait principal; elle est de retour en force, crue et libre d’éblouir tout sur son passage. Il n’y a pas encore de feuilles dans les arbres pour la filtrer et la neige au sol lui sert de miroir.

C’est un temps où tout est en puissance, à venir dans un grand éclatement de vie renouvelée.
Un entre-deux, indéfini, suspendu, avant le grand bond en avant.

 

Louise Jalbert, “Début de printemps”, 2018, Gouache sur papier, 20 x 25 cm

Changement de décor

La neige est arrivée.
Une grosse bordée, pas juste quelques flocons, mais le gros tapis blanc qu’il faut pelleter et qui rend tout silencieux. Ça y est, on est vraiment en hiver.

C’est blanc, il y a beaucoup de blanc.

Après cette apothéose qu’est notre automne québécois, je m’Inquiète toujours à l’idée de perdre la couleur en hiver. Et il est vrai que la gamme devient beaucoup plus étroite: blanc, gris, brun, un peu de bleu…

Certains soirs, il y a le rose comme dans la chanson de Félix Leclerc….
https://www.youtube.com/watch?v=Bu8M1fgiFYo

Et certains jours, les petits flocons scintillent sous le soleil. Ça, c’est magique.

Ça me rappelle un Noël où j’avais reçu un ensemble de peinture en petits godets de plastique attachés les uns aux autres. Il y avait un godet de peinture or et un de peinture argent, dans lesquels il y avait des “brillants”. C’était très nouveau, à l’époque, et j’étais éblouie.

Avec le temps, j’ai découvert d’autres charmes à l’hiver, plus discrets. Le cadeau maintenant, c’est l’exemple de sobriété et de nuances que ces mois d’hiver offrent à mes yeux. Je m’exerce à voir plus finement, avec plus de subtilité.

Et la magie continue d’agir, en regardant, et en peignant.

Je vous souhaite de Belles Fêtes, scintillantes et chaleureuses,
Que 2018 vous apporte la Santé, la Paix et beaucoup de Joie!

Louise Jalbert, Neige en bleu et arbustes, 2017, Aquarelle et gouache sur papier, 10 x 17 cm

Le paysage comme un écran

“Chaque paysage est un état d’âme.”

Cette citation de Henri Frédéric Amiel, brève mais puissamment évocatrice, réussit en quelques mots à transporter notre imaginaire.

Henri Frédéric Amiel, Journal intime, 31 octobre 1852

Sans vouloir m’aventurer ici dans un propos philosophique, je dois dire que je la saisit à ma façon. J’observe la nature et je la peins depuis longtemps; j’en suis venue à développer ma propre relation intuitive avec l’idée du paysage.

Que ce soit le paysage réel, représenté ou imaginé, cette notion est propice à la rêverie. C’est un lieu où le fil incessant de nos pensées peut s’interrompre, permettant à notre esprit de se déposer, par exemple, sur le motif entrelacé des branches d’un arbuste ou les nuages qui courent dans le ciel. Sous nos yeux, à petite ou à grande échelle, un monde vivant se déploie avec ses formes, ses couleurs, ses matières et ses espaces divers, constamment en train de se transformer, de mourir et de naître. Sa nature éphémère nous rappelle la nôtre, et la permanence de son renouveau nous apporte un réconfort.

Je vois le paysage comme une sorte d’écran géant, qui se prête à la réflexion de notre propre monde intérieur. Il nous renvoie, non pas des idées et des mots, mais des perceptions visuelles et sensorielles qui nous touchent directement, et profondément.

Louise Jalbert, Feuillage sur ciel, 2017, Aquarelle sur papier, 8x 13 sur 18 x 27 cm