Épilogue

Je vais mettre de côté le travail fait cet hiver. Le printemps s’annonce, et ce que j’ai sous les yeux depuis ces derniers mois sera bientôt tout à fait transformé.

Croyez le ou non, mais j’aimerais continuer à faire des esquisses d’hiver. Non que je n’ai pas hâte de sentir enfin les rayons chauds du soleil, bien au contraire. Mais les couleurs et les espaces que j’ai étudiés commencent à faire leur chemin en moi et me donnent envie d’aller plus loin.

Cela me donne de quoi bien démarrer le travail en décembre prochain.
Mais avant de tout ranger, je vais faire le point sur ce que j’ai appris ces derniers mois.

Ma démarche en peinture est assez spontanée: je procède de façon plutôt intuitive à partie d’une accumulation et d’une imprégnation de la mémoire qui se fait par ce travail d’observation. Ensuite, je prends un recul et me questionne, par exemple:

Qu’est-ce que je veux exprimer à partir de ce sujet?
Qu’est-ce que je veux développer de ces esquisses, et comment?

Voilà de quoi écrire l’épilogue de ce premier chapitre en hiver et peut-être même, qui sait, la préface de la prochaine saison.

Louise Jalbert,  « Ombre bleue »,  2018,  Gouache sur papier, 27 x 38 cm

L’hiver est en train de s’effacer

Notre hiver est en train de s’estomper, non sans les habituels repentirs. Mais nous sommes en mars et la neige fond presqu’au même rythme qu’elle tombe sur le sol.

En fondant, elle devient grise et brune, un peu sale aussi. Certains jours nuageux, tout ce que je regarde semble être une nuance de gris, comme si toute la palette des couleurs avait été délavée.

J’aime bien faire des études de gris: cela permet d’approfondir ma connaissance des valeurs. En peinture, les valeurs sont les différentes gradations d’un ton plus ou moins foncé, par exemple d’un brun très pâle, disons beige jusqu’à un brun presque noir.

C’est un exercice en subtilité, qui permet de voir la beauté très discrète de ce dernier mois d’hiver. Un temps qui semble vouloir effacer la notion même de couleur avant qu’elle ne renaisse au printemps.

Louise Jalbert, « Gris de mars », 2018, Gouache sur papier, 22 x 29 cm.

Dessins d’oiseaux

Il y a une semaine ou deux, j’étais devant ma fenêtre quand j’ai remarqué deux oiseaux, un mâle et une femelle Cardinal rouge, posés sur les branches d’un arbuste tout près.
Enfin, le retour des oisehttp://www.dfrinta.comaux!

Par un beau hasard, je recevais le jour même un courriel d’une amie, Dagmar Frinta, incluant les dessins d’oiseaux qu’elle venait de faire.

Le carnet de croquis d’une artiste est un lieu intime, un espace de tentatives, d’essais, de notes. C’est toujours un privilège d’y avoir accès, et un plaisir de regarder l’évolution de ses idées et ses inspirations.

Comme c’est souvent le cas dans un carnet, les dessins ici sont un exercice d’observation, et une façon de se remettre en contact ainsi avec soi-même, exercice que je pratique moi-même.

Excellente dessinatrice de longue date, Dagmar réussit à saisir les attributs et le caractère de ses modèles. Ses croquis révèlent également une sensibilité aux oiseaux, et une réelle joie à les regarder.
Il en émane une spontanéité et une ferveur qui les rend, je crois, particulièrement attachants.

 

Dagmar Frinta, « Étourneau sansonnet, » « Pic-bois, » Corneille d’Amérique, » « Sitelle à poitrine blanche, »   2018, Crayons de couleur sur carnet de note, 15 x 10 cm.
Photos Dagmar Frinta

Esquisse no 5

J’aimerais bien faire de grandes avancées avec ces esquisses, mais j’avance plutôt à pas de tortue. Ça me prend du temps pour assimiler un sujet et le transformer en tableau.

Est-ce que celle-ci est meilleure que les précédentes? Peut-être.
Mais ce qui importe surtout, c’est de les avoir fait, apprenant un peu avec chacune, inscrivant ces formes et ces couleurs en moi. J’ai eu une longue conversation avec ces arbres que je regarde à tous les jours.

Maintenant, je vais prendre un peu de recul, et laisser le tout se déposer dans ma mémoire quelque temps.

Ici au Québec, la vie se prépare à renaître sous la terre encore gelée. Ainsi va mon processus en ce moment, comme une lente germination.

Louise Jalbert, “Bleu sur neige, étude #5”, 2018, Gouache sur papier, 20 x 25 cm

La répétition

L’être humain apprend par la répétition. C’est ainsi que notre cerveau enregistre toute nouvelle information et la retient en mémoire.
https://neuropedagogie.com/bases-neuropedagogie-neuroeducation/apprendre-connexion-et-repetition.html

Il semble que je sois en processus d’apprentissage intense, parce que j’ai l’impression de me répéter. En voulant reprendre l’esquisse de la semaine dernière et la pousser plus loin… je ne suis pas allée très loin! Mon sujet est assez difficile, et je me rends bien compte qu’il faudra encore plusieurs études avant de le maîtriser. J’ai du mal à saisir ce que je vois, et ma vision elle-même reste à définir, ce qui est normal à cette étape.

J’ai quand même approfondi quelques notions de couleur, par exemple celles des arbres dans le fond et les branches bleues devant. Sans doute, refaire ce motif m’a aussi aidée à mieux le comprendre.

Patience et curiosité seront de mise dans les prochaines semaines, avec beaucoup d’huile de coude. Et sans doute quelques répétitions…

Louise Jalbert, “Bleu sur neige, étude #2”, 2018, Gouache sur papier, 28 x 35 cm

Peindre les bleus

Ça fait un moment que je veux peindre les bleus de l’hiver.
Les bleus, les blancs et les roses.

Après une chute de neige, quand il fait soleil, le sol et les surfaces couvertes de neige reflètent ces couleurs, souvent de façon frappante. Je trouve ça très beau, surtout au lever et au coucher du soleil. Février et mars sont les mois où ce phénomène est davantage remarquable, le soleil étant plus présent, et la lumière plus vive que les mois précédents.

J’ai fait cette esquisse pour fixer quelques idées de couleurs que je veux développer. Elle est plutôt descriptive, mais je commence souvent un projet de cette façon, par des exercices d’observation. Que ce soit en dessin ou en couleur, j’étudie mon sujet jusqu’à ce que j’en connaisse intimement ses caractéristiques visuelles et qu’elles s’impriment dans ma mémoire. De là, je peux travailler beaucoup plus spontanément, et concentrer mes efforts sur ce que je veux exprimer.

J’ai le projet d’en faire plusieurs dans les semaines qui suivent, et ce faisant, définir un peu plus ma vision des bleus de l’hiver.
Le temps est compté, car il ne reste que deux mois d’hiver…pour cette année.

Louise Jalbert, « Bleu sur neige, étude #1 », 2018, Gouache sur papier, 28 x 35 cm

Amender le sol

Je viens de terminer mon inventaire. C’est un exercice fastidieux, mais j’aime bien le faire. D’abord, c’est une façon de revoir le travail de l’année précédente, et ce recul stimule invariablement une réflexion. En passant d’une oeuvre à l’autre, je parcours les idées qui les sous-tendent, je vois celles qui ont été abouties, celles qui restent en ébauche et que j’ai peut-être envie de poursuivre.

Ensuite, je remets de l’ordre dans l’atelier pour créer un nouvel espace physique et mental. Mais avant de tout ranger, je garde toujours quelques pièces avec moi, que je place sur un mur. Certaines sont achevées, d’autres pas.

Sur ce mur, il y a un ramassis d’images qui m’inspirent: des reproductions de tableaux, des photos qui me rappellent une idée, une harmonie de couleurs, des bouts de tissus. Toutes ces images forment un ensemble qui génère un conversation silencieuse, mais fertile.

J’aime avoir ce mur sous les yeux: c’est un univers abondant de possibilités, un grand collage qui nourrit mon imaginaire.
C’est mon terreau de rêverie, dont j’amende le sol avec soin.


Photo 2: Louise Jalbert, « Feuillage rouge sur feuillage jaune, 2016-2017, aquarelle sur papier, 18x 27 et 37 x 54 cm, et quelques croquis, reproductions des oeuvres de Pierre Bonnard, Marc Chagall, Mark Rothko, David Hockney, Henri Matisse, Claude Monet, et W.M.Turner.
Photo 1: Louise Jalbert, Aquarelles de la série « Le nez dans l’herbe », 2015-2017

 

Voir

« Apprendre à dessiner est en réalité apprendre à voir, à voir correctement,
ce qui veut dire aller bien au-delà de seulement regarder avec ses yeux. »

Kimon Nicolaides, The Natural Way to Draw

Louise Jalbert, Étude de jardin, octobre, 2014, Crayon feutre sur papier, 11 x 15 cm

La neige qui tombe

Regarder la neige tomber est toujours un peu magique.
Sauf quand on est au volant, bien sur.

Mais pendant quelques minutes, si je mets de côté les inconvénients, et que je regarde naïvement ce phénomène, cela peut-être fascinant. Tout comme peuvent l’être ces petits globes aux scènes d’hiver que l’on secoue pour voir tomber de petits confettis blancs. Sauf qu’ici la sphère est beaucoup plus grande.

Ce que j’observe, c’est que les flocons de neige descendants me font prendre conscience de la présence de l’air, par le simple fait d’occuper son espace auparavant invisible. Les plus proches sont plus gros, ils viennent atterrir sur mon visage. D’autres tombent plus loin, ils m’apparaissent de plus en plus petits. Tous ces points blancs de tailles variées créent un sens de la profondeur.

Et cela se fait de façon dynamique. Ensemble, ils virevoltent au gré des coups de vent, ou descendent en douceur, en une silencieuse chorégraphie qui se crée devant mes yeux. Le ciel est blanc, les couleurs sont estompées, et les formes des maisons, des arbres, des voitures deviennent un peu floues, presqu’effacées.

Cela donne une autre impression de l’espace, parce que maintenant l’air n’est plus ce vide que je suis habituée de ne pas voir, il devient habité, vivant et animé.

Et il prend sa place.
En fait, il est toujours ainsi, seulement, quand la neige tombe, je le vois.

Louise Jalbert, « Effet de neige, janvier », 2018, Gouache sur papier, 23 x 30 cm

Maud

J’ai fais la connaissance d’une peintre émouvante.

En fait, c’est en visionnant un film que j’ai découvert sa vie et son oeuvre. Et j’ai été si touchée que c’est un peu comme si je l’avais rencontrée. Elle s’appelait Maud Lewis, et elle vivait en Nouvelle-Écosse, près du village de Digby.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Maud_Lewis

Le film, intitulé « Maudie » raconte sa vie et sa relation avec son mari, Everett Lewis. Une vie marquée par la pauvreté et la maladie, car Maud souffrait depuis sa jeunesse de polyarthrite rhumatoïde, une condition douloureuse qui déforme progressivement les articulations.
https://www.youtube.com/watch?v=HJCE44M7ybk

Mais Maud aimait peindre. Bien qu’elle n’ai reçu aucune formation académique en art, elle était imaginative, sensible, et déterminée à s’accorder cet espace de liberté. Pour une femme handicapée habitant en zone rurale à cette époque, c’était déjà tout un exploit.

Maud faisait avec les moyens du bord, sur ce qu’elle trouvait, planches de bois, cartons et à peu près toutes les surfaces de la petite maison qu’elle partageait avec son mari, Everett. Audacieuse, elle laissa libre cours à son désir irrépressible d’exprimer sa vision du monde et de s’entourer de sa propre définition de la vie et de ses beautés.

Son art est sans doute naïf, mais il témoigne de sa force émotionnelle et il s’en dégage une bonne humeur contagieuse. Et c’est ce qui m’a touchée le plus chez cette femme: son talent pour distiller la joie à partir d’une vie que d’autres auraient trouvée désespérante. C’est toute une leçon de courage et d’amour de la vie.

Maud Lewis, image tirée du documentaire réalisé par Diane Beaudry, Office national du film du Canada.