Une étude de pin

Quand je travaille dehors, je suis davantage concentrée à observer qu’à développer une idée toute neuve.

Je privilégie une attitude ouverte, attentive aux couleurs, aux mouvements, aux odeurs et tout autre picotement d’aiguilles de pin: c’est un mode réceptif, qui enregistre. Bien sur, une sélection doit se faire ( je n’ai pas décrit chaque aiguille de pin, chaque crevasse de l’écorce, donc j’ai simplifié), mais c’est quand même assez studieux.

Ce n’est pas le chemin de tous les artistes, mais pour ma part, j’ai besoin de passer par là pour apprendre. Je fais cet exercice pour nourrir mon imaginaire et pour être en contact avec ce que je veux exprimer de plus subtil.

Mon but n’est pas de faire une copie conforme: ça n’a pas d’importance, parce que chaque esquisse est une pratique, qui exprime ce que j’ai retenu à ce moment là.

Ce faisant, un dialogue se crée entre ce que je cherche à capter (Ai-je saisi l’essence de ce pin? Ai-je réussi à en traduire la majesté, la force de son tronc et la douceur de son feuillage? Le chant que fait le vent dans ses branches? Ça fait pas mal de choses, hein?) et ce que je perçois, ou devine, et qui est au-delà de toutes ces sensations.

C’est cette perception qui m’intéresse, avant tout. Elle se révèle par le contact direct avec la nature. Et elle vient comme ça, mine de rien, quand je suis attentive et que je ne la cherche pas.

Louise Jalbert, « Grand pin, lac Paré, 27 juillet 2018 », Aquarelle sur papier, album aquarelle Moleskine, 21 x 58 cm

Peindre en plein air

Pourquoi peindre en plein air? Pour apprendre en observant, c’est simple, mais pas si simple que ça.

Dans mon cas, il s’agit plutôt de dessins et d’esquisses couleurs que de peintures à proprement parler. C’est la première étape de mon travail, la deuxième se fait dans l’atelier, à partir de ces esquisses, nourrie de cette expérience.

Dehors, dans la nature, il se passe des choses. La lumière de 11 heures n’est plus la même à midi. Le vent transforme les nuages, un oiseau chante puis s’arrête, il fait chaud, il fait froid, tiens, il pleut, le lac devient gris et les vagues font un bruit de clapotis.

Moi, j’essaie de capter un petit quelque chose: les diagonales du mouvement de l’eau, les nuages qui s’y réfléchissent, les couleurs sous mes yeux et celles au loin. Dans cette myriade de détails, je dois choisir; et chaque essai est une leçon unique.

Ce qui fait que cet exercice, bien que classique et apparemment désuet, me plait énormément. J’aime être dehors, c’est certain, mais j’aime aussi ce dialogue entre ce qui se passe, ce que j’arrive à en faire et ce qui vient en faisant. C’est plutôt simple, non?

Louise Jalbert, « Lac Paré, 27 juillet 2018 », Aquarelle sur papier, album aquarelle Moleskine, 21 x 58 cm

Dehors

est un des mots les plus joyeux que je connaisse. « Allez jouer dehors, les enfants » nous disait ma mère et c’était la récréation, été comme hiver.

J’ai toujours ce sentiment de liberté quand je suis dehors. C’est pour ça, peut-être, que que je peins à partir de la nature, parce que je m’y sens bien. Et dès que le temps le permet, je m’installe dehors pour travailler.

Pour des raisons pratiques, à l’extérieur j’utilise des techniques comme l’aquarelle ou le dessin, faciles à transporter. L’important pour moi est de capter la lumière, les couleurs, et me laisser imprégner par la vie autour de moi sous forme de sons, d’odeurs et de sensations diverses.

Voilà pourquoi je serai à l’extérieur de l’atelier autant que possible cet été. J’y reviendrai quand il pleut, et mon travail s’en trouvera bien aise.

Sur le bord de l’eau, Lacs Pinatel, Québec, été 2016

Voilà déjà un an

…que cette info-lettre a vu le jour, j’en suis toute étonnée mais surtout reconnaissante.

Bien que pour vous, lecteurs francophones, l’aventure ait débuté un peu plus tard, tout a commencé un jour en juillet avec ce dessin et l’envie de vous apporter un moment hebdomadaire de plaisir.

Ce partage s’est avéré mutuellement enrichissant, nourri de votre disponibilité à suivre le cheminement et les réflexions d’une artiste…pas toujours en ligne droite.

Du fond du coeur je vous remercie pour votre présence. et vos généreux commentaires. Une merci tout spécial à Guillaume Sanfaçon, conseiller et webmestre irremplaçable.

Louise Jalbert, « Le cerisier en été », 2017, crayon feutre sur papier, 12 x 20 cm.

Juillet

C’est l’été, c’est même la canicule ici au Québec. C’est le temps où il fait bon se détendre et prendre le temps de recharger ses batteries. Avec cette chaleur, je rêve d’eau et de baignades. Vous aussi peut-être, alors j’ai pensé vous rafraîchir les yeux.

Sur un air de vacances, je vous ouvre mes carnets d’aquarelles, ceux que je fais en toute liberté dehors et qui font partie de ma routine d’été.

 

Louise Jalbert, « Carnet Lacs Pinatel, 14 et 15 juillet 2016,  Aquarelle sur papier, carnet Moleskine 13 x 41 cm. 

Ça avance bien

Côté technique, ça prend forme. Quelques essais, un peu de recherche sur internet, deux ou trois fois au magasin de matériel artistique pour comparer et acheter les produits, et me voilà à jour avec l’acrylique.

Ce n’est pas la première fois que j’utilise l’acrylique, mais ça faisait un moment et il fait se refaire la main.

https://louisejalbert.com/oeuvres/orange-et-sortilleges/#/i/1

C’est une technique finalement assez simple et surtout très polyvalente, qui peut passer d’un effet très dilué à des matières en épaisseurs, sans souci que ça craque.

Sur la petite toile ci-dessus, j’ai commencé plutôt dilué pour voir les couleurs et les transparences.

Les pigments ne donnent pas toujours les mêmes résultats d’une technique à l’autre, il faut donc s’ajuster. Par exemple le vert bleu ci-dessus est obtenu avec un vert Phtalo dilué avec du médium acrylique. En aquarelle, je le fais avec le Viridien et de l’eau, à l’huile aussi, c’est un Viridien, mais avec un solvant.

D’ici, je commence à voir ce que je pourrai faire comme taches, matières et couleurs.
Ça avance bien.

 

L’acrylique, ça colle!
Reflexe à reprendre: laver pinceaux et assiettes immédiatement après usage sous peine de les perdre, car le liant polymer à la base des couleurs est un puissant adhérent.

 

 

 

Louise Jalbert,  » Feuillage en été » , 2018, acrylique sur toile, 40 x 50 cm

Choisir

La semaine dernière, j’ai repris une toile à l’huile commencée il y a quelques semaines….et je me suis heurtée à un mur.

Toute une journée de travail pour aboutir à un résultat décevant… ça fait partie du métier. Mais comme c’était ma troisième tentative échouée ce printemps, une réflexion s’imposait.

Tout me semblait lourd: le processus, la technique, même la peinture sur le pinceau… Pourtant, j’aime l’intensité et la sensualité des couleurs à l’huile; j’avais envie d’y revenir, me donnant le défi d’améliorer ma technique. Mais ce qui se passait n’était pas qu’une question de technique.

L’essence de ce que je veux exprimer maintenant, c’est quelque chose de vibrant, léger, fluide, et transparent.

J’ai fais mes études en peignant à l’huile, j’y suis attachée, et j’ai tellement admiré la peinture des grands maîtres dans l’histoire de la peinture occidentale que je crois bien avoir conclu plus ou moins consciemment que c’est la technique la plus valide.

Vraiment? En 2018? Avec ce que je veux faire maintenant?

Pour être réceptive à ma vision, plutôt intuitive, j’ai besoin d’être rapide et de pouvoir travailler spontanément, facilement. Et ce n’est pas ce qui se passait l’autre jour.

Alors, je choisis d’oublier technique classique et références pour l’instant, pour ouvrir grand la porte à une certaine candeur, en utilisant l’acrylique de la façon la plus libre et audacieuse possible. 

La création, c’est exactement ça, c’est faire des choix, basés non pas sur des habitudes, mais sur une vision

À ce sujet, la meilleure théorie et mise en pratique que je connaisse est celle de Robert Fritz. Que vous soyez artiste ou non, maîtriser les principe du processus de création ne peut que vous aider à créer, que ce soit un tableau ou votre vie. (En anglais seulement).
https://www.robertfritz.com/wp/programs/choices/

Louise Jalbert, « Feuillage dans le pommier » 2018, travail en cours, Huile sur toile, 76 x 76 cm
« Feuillage, essai », et « Eau. essai technique », 2018, Acrylique sur papier canevas, 40 x 50 cm

Un dessin

Je suis de retour dans l’atelier, la tête pleine d’images de mon voyage en Inde. C’est assez effervescent, mais pas encore très précis.

Voici un dessin que j’ai fait à Uttarkashi. Il contient des éléments de mon travail précédent sur les feuillages et pointe dans la direction que je veux développer, une composition à la fois plus ouverte et élaborée, inspirée de l’esprit de la nature. Les oiseaux sont un nouvel ajout.

Ce n’est pas un dessin d’observation, mais une image qui m’est venue très tôt un matin vers 4 ou 5 heures, alors que j’émergeais du sommeil. Étonnamment, il était assez facile de m’éveiller à ces heures indues dans les Himalayas, et le tableau en valait vraiment la peine.

J’ai bondis hors de ma chambre et me suis assise dans le jardin face au Gange, dessinant vite pour ne pas perdre ma vision. Le chant des oiseaux montait et le soleil colorait progressivement la cime des montagnes.

Cette petite esquisse dans un carnet est un précieux souvenir. Mais surtout, elle contient le germe de ce que je veux développer dans les prochains mois, c’est-à-dire la notion d’interrelation qui existe en toutes choses et que je veux mettre en évidence, en plus grand format.

Je partagerai avec vous cette recherche au fur et à mesure de son évolution. N’hésitez pas à me faire part de vos commentaires sur Instagram!

Louise Jalbert, « Les Upanishads en rêve », 2018, Crayon feutre dans un carnet, 17 x 12 cm

L’artiste en Inde

Je suis partie en Inde à la rencontre de sa spiritualité, mais l’artiste était aussi de la partie, curieuse de ce qu’elle allait découvrir.

Depuis les foules de Delhi aux modestes villages des Himalayas, j’ai été séduite par les couleurs intenses et débridées qui se retrouvent en de joyeuses combinaisons sur les vêtements, les objets, les tissus et enseignes, voire même les temples et les édifices.

Les femmes et leurs saris m’ont particulièrement impressionnée, étincelantes taches chromatiques évoluant dans la poussière des rues.

 

La moindre échoppe présente un étalage de motifs et de couleurs étonnants.

Je me demande s’il existe un autre pays qui offre au regard autant de contrastes et de combinaisons chomatiques que l’Inde? Et quelle est l’origine et le sens de l’utilisation de ces couleurs? L’effet est tellement vivifiant!

 

 

Les maisons sont peintes en pistache et violet…et les cordes à linge aussi.

Je suis toute imprégnée de la multitude d’impressions que j’ai reçues là-bas: il y a beaucoup à assimiler qui va m’inspirer encore longtemps.
Mon fil conducteur est la pratique de yoga et de méditation, au coeur ce ce voyage et de mon cheminement personnel.

 

 

 

 

Dans sa ruée vers l’avenir, j’espère que la jeunesse indienne (50% de la population) saura préserver son ancrage dans la spiritualité, essentielle à notre paix intérieure.

 

 

 

Beaucoup de choses se sont précisées en moi lors de ce voyage: la vision de mon art et de ce que je veux exprimer s’est approfondie.
Art et spiritualité ont toujours coulé de la même source pour moi, plus ou moins consciemment. Maintenant je sais qu’ils peuvent devenir la même expression.

Photos Louise Jalbert, « Pélerinage en Inde 2018 »