Étude à la gouache

J’ai fait cette esquisse à la gouache de mes enfants quand ils étaient petits. Ce genre d’étude de couleur est à la base de ma pratique depuis les tout premiers débuts.

Je peins beaucoup la nature, puisqu’elle est sous mes yeux, et qu’elle m’enseigne beaucoup. Mais j’aime aussi peindre des gens, et j’ai envie de m’y remettre. Si vous avez envie d’une pause apaisante dans votre horaire chargé, faites moi signe, je suis à la recherche de modèles.

Louise Jalbert, Enfants regardant la télévision, 1995, gouache sur papier, 14 x 21 cm

Le rôle de l’artiste

Au cours de notre pèlerinage en Inde en mai dernier, nous avons eu le privilège de visiter plusieurs ashrams et de rencontrer quelques swamis remarquables.
L’un d’eux, Swami Janardananda, entr’autres projets, enseigne la tradition yogique aux jeunes de son voisinage, à Uttarkashi, Uttarakhand.
Après l’école, enfants et adolescents peuvent gravir l’escalier jusqu’au centre de yoga où ils sont invités à une séance de méditation, de chants sacrés, ou de postures de yoga. Les enseignements qu’ils reçoivent ainsi leur permettent de développer un esprit calme et fort, de même qu’un sens communautaire actif, principes qu’ils partagent ensuite avec leurs familles respectives.
Voilà plus de trente ans que Swami Janardananda a initié cette activité, et ce sont maintenant les enfants de la deuxième génération qui viennent et qui éduqueront la génération suivante. Alors qu’auparavant l’ignorance, la violence et l’alcoolisme étaient choses courantes parmi la population, la dignité et la solidarité sont maintenant de retour.

 

 

Après l’école, les enfants grimpent l’escalier qui mène au centre de yoga dont le jardin est soigneusement entretenu.

 

 

 

Au moment où la société indienne se développe à un rythme fulgurant, ce projet éducatif soutient la préservation de son héritage spirituel. Touchée par cet exemple d’enseignement, j’ai posé la question suivante à Swami Janardananda :

Quel est le rôle de l’artiste dans notre société?
Ce à quoi il m’a répondu après quelques instants de réflexion:

« Exprimez, sans vous exhiber. Tout est divin; si cela vient du coeur, ce sera divin ».

(J’ai interprété « sans vous exhiber » comme signifiant « sans vous exhiber personnellement » plutôt que sans exposer les oeuvres.)

Réponse simple et profonde, dont j’apprécie l’ouverture car il est impossible de définir le rôle de l’artiste (malgré mon questionnement). Créer ne peut être un devoir, c’est une impulsion, qui doit demeurer libre. Et qui vient du coeur.
Ces quelques mots qui peuvent suffire à orienter, non seulement le travail d’une artiste, mais celui de chacun d’entre nous.

 

 

Sur le bord de la route,
on trouvait aussi de fort bons conseils à qui veut bien les suivre.

 
Crédit photos
Anya Sluchak: Swami Janardananda
Louise Jalbert: Petite fille et sa mère grimpant les escaliers vers l’ashram
Karsten Verse et Julia Noelle: Femme sur la bord de la route

Un rêve

Il m’arrive de rêver de couleurs, souvent celles que j’ai peintes pendant la journée et qui continuent de faire leur chemin dans mon esprit.

En général, ces rêves sont agréables, mais s’évaporent assez vite. Cette fois-ci, l’image était très claire, et le contexte aussi. Je ne baignais pas dans les couleurs que j’utilise en ce moment, et je me suis observé dans le geste de peindre.

Alors j’ai eu envie de faire ce tableau, aussi fidèlement que possible. Le résultat est étonnant; d’abord parce qu’il est très proche de mon rêve, et aussi, parce que tout en le faisant, il me venait d’autres images en lien avec celle-ci.

La première est l’oeuvre d’une artiste américaine, Lynette Lombard, dont j’avais vu quelques oeuvres lors d’une visite das les galeries de New York, l’an dernier. Voici un exemple de sa série « Night Paintings »

Et la 2ème, encore plus évidente à mes yeux, est celle des Nymphéas de Monet, que je suis allée revoir à Paris, en septembre de l’an dernier. Il ne s’agit pas ici de faire de comparaison, mais de reconnaître une influence plus ou moins consciente, et qui s’exerce depuis mes études au Cégep en histoire de l’art, où j’ai découvert l’art des impressionnistes.

Il y a beaucoup dans l’oeuvre de Monet qui me touche et me stimule: son intérêt pour le paysage, son étude de la couleur et de la lumière, et surtout ces magnifiques Nymphéas, qui occupèrent les derniers vingt ans de sa vie, dont la dimension même nous fait entrer dans la couleur et le geste de peindre. Son exemple est certainement inspirant, je dirais édifiant, à ce moment où je cherche à élargir l’envergure de mon travail.

Louise Jalbert, « Rêve en bleu », 2018, Gouache sur papier, 55x 75 cm

Couleur et espace

En terminant ma série d’aquarelles, j’ai mentionné que je voulais poursuivre mon travail sur l’espace et la couleur, mais à plus grande échelle. À plus grand échelle signifie en plus grand format, mais ça peut aussi vouloir dire peindre plus largement, ou plus simplement. Comme mon travail se développe de façon assez intuitive, c’est en faisant que je vais trouver.

J’ai commencé avec quelques gouaches sur papier dont celle-ci, qui est le format maximum de mes aquarelles, soit 55 x 75 cm. J’y vais progressivement, parce que mes compositions sont assez complexes, et que je passe d’une technique à l’autre. Je reprends la gouache dont l’effet est proche de l’acrylique que j’utiliserai sur toile, en format 76 x 91 cm ou 91 x 121 cm, par exemple. Rien de monumental, mais suffisant pour changer mes récentes habitudes visuelles et manuelles.

Le rythme aussi se modifie; je suis plus lente pendant que j’explore d’autres façons de faire. Je n’ai pas la même dextérité et c’est parfait, le temps, les difficultés me font faire une réflexion sur mes intentions dans ce désir d’expansion et d’approfondissement. Ce questionnement fondamental est toujours présent, mais dans une période de transition, il reprend toute sa pertinence.

 

 

Je profite des derniers jours d’été
pour travailler dehors et affiner ma perception des couleurs et de l’espace.

 
Louise Jalbert, « Arbustes au couchant », 2018, Gouache sur papier, 56 x 76 cm

Encore de l’herbe

« Vert, c’est la couleur de la jeunesse; elle déborde d’une énergie printanière. C’est la couleur de la terre florissante. Le vert n’est pas statique mais plein de l’énergie et de l’impulsion de la croissance, impatient, pressé dans sa course vers la lumière. La gravité ne peut le retenir, l’appel de la lumière se faisant toujours plus impératif. Vert, c’est la couleur du désir incessant. Même sous la terre, étouffée par l’asphalte ou le macadam, la lame verte surgira. Car rien ne peut retenir l’herbe de pousser. »

John O’Donohue,
Beauty, The Invisible Embrace, Harper Perennial, 2004, p.105
Traduction Louise Jalbert

Louise Jalbert, « Herbe avec rose et orange » 2015, Aquarelle sur papier, 22 x 29 cm

Une bonne semaine

La semaine dernière a été sous le signe de la rencontre et de l’aboutissement. La collectionneuse est revenue et a choisit 3 aquarelles, qu’elle veut offrir lors d’un prochain voyage dans son pays. J’ai également livré un petit dessin vendu en juillet, qui se retrouvera en très bonne compagnie.

Vendre mon travail est un échange qui crée une relation et j’apprécie cette interaction. Le travail que j’ai fait dans l’intimité de l’atelier acquiert une autre dimension en étant accroché sur les murs du collectionneur car il stimule maintenant un autre regard. C’est une autre histoire qui commence.Au cours des trois dernières semaines, j’ai fait de nouvelles aquarelles et complété certaines qui étaient en attente.

 

Elles sont maintenant photographiées, et disponibles pour une future exposition. C’est un bon moment pour imaginer la suite.

Cette suite, je la vois en espace et en couleur, mais à une autre échelle. Voilà qui occupera encore plusieurs, plusieurs semaines. C’est donc à suivre…

 
Louise Jalbert, « Petite branche et feuillage, no 2, no 1 et no 3 », 2018, Aquarelle sur papier 14 x 19 cm. No 2 et 3 vendues.

L’herbe

« En travaillant dans le jardin, vous servirez les arbres et les plantes et vivant parmi eux, essayez de devenir comme eux. Que les arbres soient votre Guru. Un arbre donne ses fruits et de l’ombre. Quand le fruit est mur, il tombe, il est sucré au goût. Vous utilisez le bois de l’arbre pour cuisiner. Donc l’arbre se donne entièrement, il ne garde rien. »

« Regardez comment les arbres grandissent et apprenez d’eux. Ainsi de l’herbe. L’herbe est humble, elle endure tout. Les gens marchent dessus, la coupent, elle ne se défend pas. De même la terre; tout le monde marche dessus, on la martèle, on la réduit en poudre-on en fait ce qu’on veut, elle reste tranquille et bienveillante. »

Anandamayi Ma

Extrait de « As The Flower Sheds its Fragrance, Dairy Leaves of a Devotee », propos d’Anandamayi Ma recueilis par Atmananda, une fidèle d’origine autrichienne.

Louise Jalbert, « Herbe avec jaune et violet », 2017, Aquarelle sur papier, 27 x 38 cm. Photo Guy L’Heureux

Dehors, dedans

Avec les esquisses que je fais dehors, je me « réchauffe », comme on fait avec nos muscles avant l’effort physique. Ça demande un certain tonus, vu les changements de lumière, de température, d’endroit, etc. Sans compter que je rentre et sort sans cesse, poussée par la pluie et le beau temps. Mais j’aime bouger, ça me dynamise.

C’est une bonne pratique de flexibilité; et comme mon pinceau devient alerte, j’en profite pour reprendre quelques aquarelles que j’avais laissées en plan à l’automne. D’ici une semaine ou deux, elles seront terminées. Je pourrai ensuite les photographier et ajouter ces nouvelles images à mon site.

Encore un peu de temps, et il faudra déjà rentrer, pour passer à un travail plus intérieur.
Mais j’anticipe. Maintenant, c’est encore l’été, et j’ai amplement de quoi m’activer dehors.

Louise Jalbert, « Aquarelles sur papier », 2017-2018, 19 x 27 cm, 28 x 30 cm, Carnet aquarelle Moleskin, 21 x 58 cm