Choisir

La semaine dernière, j’ai repris une toile à l’huile commencée il y a quelques semaines….et je me suis heurtée à un mur.

Toute une journée de travail pour aboutir à un résultat décevant… ça fait partie du métier. Mais comme c’était ma troisième tentative échouée ce printemps, une réflexion s’imposait.

Tout me semblait lourd: le processus, la technique, même la peinture sur le pinceau… Pourtant, j’aime l’intensité et la sensualité des couleurs à l’huile; j’avais envie d’y revenir, me donnant le défi d’améliorer ma technique. Mais ce qui se passait n’était pas qu’une question de technique.

L’essence de ce que je veux exprimer maintenant, c’est quelque chose de vibrant, léger, fluide, et transparent.

J’ai fais mes études en peignant à l’huile, j’y suis attachée, et j’ai tellement admiré la peinture des grands maîtres dans l’histoire de la peinture occidentale que je crois bien avoir conclu plus ou moins consciemment que c’est la technique la plus valide.

Vraiment? En 2018? Avec ce que je veux faire maintenant?

Pour être réceptive à ma vision, plutôt intuitive, j’ai besoin d’être rapide et de pouvoir travailler spontanément, facilement. Et ce n’est pas ce qui se passait l’autre jour.

Alors, je choisis d’oublier technique classique et références pour l’instant, pour ouvrir grand la porte à une certaine candeur, en utilisant l’acrylique de la façon la plus libre et audacieuse possible. 

La création, c’est exactement ça, c’est faire des choix, basés non pas sur des habitudes, mais sur une vision

À ce sujet, la meilleure théorie et mise en pratique que je connaisse est celle de Robert Fritz. Que vous soyez artiste ou non, maîtriser les principe du processus de création ne peut que vous aider à créer, que ce soit un tableau ou votre vie. (En anglais seulement).
https://www.robertfritz.com/wp/programs/choices/

Louise Jalbert, « Feuillage dans le pommier » 2018, travail en cours, Huile sur toile, 76 x 76 cm
« Feuillage, essai », et « Eau. essai technique », 2018, Acrylique sur papier canevas, 40 x 50 cm

Le vent

Si vous étiez une force de la nature, laquelle seriez-vous?

Cette question m’a été posée récemment, et elle continue de résonner en moi, stimulant mon imaginaire.

Aujourd’hui, je serais le vent.

Le vent crée du mouvement, il fait bouger les choses. Il guide la trajectoire des oiseaux; il distribue les semences, fertilisant la terre.

C’est le vent qui chasse les nuages et permet au soleil de revenir enfin, et qui les ramène pour que nous ayons de la pluie.

Dans l’atelier aussi, il y a du mouvement: un air frais se fait sentir alors que je circule d’une idée à l’autre, d’une oeuvre récente à une autre plus ancienne.

Le tableau ci-dessus était resté en ébauche. Je l’ai repris cette semaine avec un regard neuf. Il n’est pas encore achevé, mais je pense bien lui avoir redonné un nouveau souffle.

Er vous? Si vous étiez une force de la nature, laquelle seriez-vous?

Louise Jalbert, « Feuillage dans le pommier », Travail en cours, 2013-2018, Huile sur toile, 76 x 76 cm

C’est un peu échevelé, ça commence bien.

J’ai mis de côté les gouaches d’hiver et je veux maintenant travailler plus grand. L’esquisse à l’huile ci-dessus est un peu échevelée; je cherche de nouvelles formes d’expression, et je n’y suis pas encore.

Avec le beau temps qui s’en vient, je vais reprendre l’aquarelle et ma vision de la nature comme une grande tapisserie. Vision que j’aimerais aussi transposer en grand format.

Alors je fais des essais à l’huile et à l’acrylique pour voir laquelle de ces techniques me servira le mieux.

Nulle technique n’est plus sensuelle que la peinture à l’huile à mon avis: la matière est moelleuse, les couleurs intenses. J’utilise une grande plaque de verre comme palette: c’est idéal pour mélanger les couleurs et facile à nettoyer. Son odeur m’enivre comme un parfum… intoxiquant!

Le processus de la peinture est toujours une aventure, qui se fait pas à pas sans toujours savoir quel sera le résultat. Mais il y a toujours une avancée.

 

Et c’est à suivre!

 

Louise Jalbert, « Branches », étude, 2018, Huile sur toile, 63 x 80 cm

Épilogue

Je vais mettre de côté le travail fait cet hiver. Le printemps s’annonce, et ce que j’ai sous les yeux depuis ces derniers mois sera bientôt tout à fait transformé.

Croyez le ou non, mais j’aimerais continuer à faire des esquisses d’hiver. Non que je n’ai pas hâte de sentir enfin les rayons chauds du soleil, bien au contraire. Mais les couleurs et les espaces que j’ai étudiés commencent à faire leur chemin en moi et me donnent envie d’aller plus loin.

Cela me donne de quoi bien démarrer le travail en décembre prochain.
Mais avant de tout ranger, je vais faire le point sur ce que j’ai appris ces derniers mois.

Ma démarche en peinture est assez spontanée: je procède de façon plutôt intuitive à partie d’une accumulation et d’une imprégnation de la mémoire qui se fait par ce travail d’observation. Ensuite, je prends un recul et me questionne, par exemple:

Qu’est-ce que je veux exprimer à partir de ce sujet?
Qu’est-ce que je veux développer de ces esquisses, et comment?

Voilà de quoi écrire l’épilogue de ce premier chapitre en hiver et peut-être même, qui sait, la préface de la prochaine saison.

Louise Jalbert,  « Ombre bleue »,  2018,  Gouache sur papier, 27 x 38 cm

L’hiver est en train de s’effacer

Notre hiver est en train de s’estomper, non sans les habituels repentirs. Mais nous sommes en mars et la neige fond presqu’au même rythme qu’elle tombe sur le sol.

En fondant, elle devient grise et brune, un peu sale aussi. Certains jours nuageux, tout ce que je regarde semble être une nuance de gris, comme si toute la palette des couleurs avait été délavée.

J’aime bien faire des études de gris: cela permet d’approfondir ma connaissance des valeurs. En peinture, les valeurs sont les différentes gradations d’un ton plus ou moins foncé, par exemple d’un brun très pâle, disons beige jusqu’à un brun presque noir.

C’est un exercice en subtilité, qui permet de voir la beauté très discrète de ce dernier mois d’hiver. Un temps qui semble vouloir effacer la notion même de couleur avant qu’elle ne renaisse au printemps.

Louise Jalbert, « Gris de mars », 2018, Gouache sur papier, 22 x 29 cm.

Esquisse no 5

J’aimerais bien faire de grandes avancées avec ces esquisses, mais j’avance plutôt à pas de tortue. Ça me prend du temps pour assimiler un sujet et le transformer en tableau.

Est-ce que celle-ci est meilleure que les précédentes? Peut-être.
Mais ce qui importe surtout, c’est de les avoir fait, apprenant un peu avec chacune, inscrivant ces formes et ces couleurs en moi. J’ai eu une longue conversation avec ces arbres que je regarde à tous les jours.

Maintenant, je vais prendre un peu de recul, et laisser le tout se déposer dans ma mémoire quelque temps.

Ici au Québec, la vie se prépare à renaître sous la terre encore gelée. Ainsi va mon processus en ce moment, comme une lente germination.

Louise Jalbert, “Bleu sur neige, étude #5”, 2018, Gouache sur papier, 20 x 25 cm

La répétition

L’être humain apprend par la répétition. C’est ainsi que notre cerveau enregistre toute nouvelle information et la retient en mémoire.
https://neuropedagogie.com/bases-neuropedagogie-neuroeducation/apprendre-connexion-et-repetition.html

Il semble que je sois en processus d’apprentissage intense, parce que j’ai l’impression de me répéter. En voulant reprendre l’esquisse de la semaine dernière et la pousser plus loin… je ne suis pas allée très loin! Mon sujet est assez difficile, et je me rends bien compte qu’il faudra encore plusieurs études avant de le maîtriser. J’ai du mal à saisir ce que je vois, et ma vision elle-même reste à définir, ce qui est normal à cette étape.

J’ai quand même approfondi quelques notions de couleur, par exemple celles des arbres dans le fond et les branches bleues devant. Sans doute, refaire ce motif m’a aussi aidée à mieux le comprendre.

Patience et curiosité seront de mise dans les prochaines semaines, avec beaucoup d’huile de coude. Et sans doute quelques répétitions…

Louise Jalbert, “Bleu sur neige, étude #2”, 2018, Gouache sur papier, 28 x 35 cm

Peindre les bleus

Ça fait un moment que je veux peindre les bleus de l’hiver.
Les bleus, les blancs et les roses.

Après une chute de neige, quand il fait soleil, le sol et les surfaces couvertes de neige reflètent ces couleurs, souvent de façon frappante. Je trouve ça très beau, surtout au lever et au coucher du soleil. Février et mars sont les mois où ce phénomène est davantage remarquable, le soleil étant plus présent, et la lumière plus vive que les mois précédents.

J’ai fait cette esquisse pour fixer quelques idées de couleurs que je veux développer. Elle est plutôt descriptive, mais je commence souvent un projet de cette façon, par des exercices d’observation. Que ce soit en dessin ou en couleur, j’étudie mon sujet jusqu’à ce que j’en connaisse intimement ses caractéristiques visuelles et qu’elles s’impriment dans ma mémoire. De là, je peux travailler beaucoup plus spontanément, et concentrer mes efforts sur ce que je veux exprimer.

J’ai le projet d’en faire plusieurs dans les semaines qui suivent, et ce faisant, définir un peu plus ma vision des bleus de l’hiver.
Le temps est compté, car il ne reste que deux mois d’hiver…pour cette année.

Louise Jalbert, « Bleu sur neige, étude #1 », 2018, Gouache sur papier, 28 x 35 cm

En regardant

« On peut observer beaucoup de choses juste en regardant »

Yogi Berra était un joueur de baseball qui avait aussi un talent pour ce genre d’aphorismes. Ce qu’il dit semble si simple et évident. Et en fait, ça l’est.
Observer et peindre, regarder et peindre, c’est ce que je fais.

http://www.lemonde.fr/sports-us/article/2015/09/23/la-legende-du-baseball-yogi-berra-est-mort-a-l-age-de-90-ans_4768650_1616670.html

Ce que j’observe ne se laisse pas facilement saisir, et surtout pas de façon littérale ou photographique. C’est au-delà de ma façon habituelle de voir et de peindre que je vais y arriver.
Alors j’observe et je peins, je peins et j’observe ce que j’ai peint.
C’est simple, pas toujours évident, mais ça marche.

À l’approche des Fêtes, voici une suggestion de lecture ou de cadeau: Le tout dernier roman de Michel Tremblay, Le peintre d’aquarelles,. Marcel, le personne principal, nous parle de peinture, de regarder et de voir, tout autrement. Bonne lecture!

http://www.lemeac.com/catalogue/1673-le-peintre-d-aquarelles.html

Louise Jalbert « Novembre en après-midi, étude # 6 », 2017, Gouache sur papier, 28 x 41 cm

Un pas après l’autre

Voilà plus de deux semaines que je travaille différentes versions de cette image.
Je voudrais capter une vision fugace, une lueur d’éternité aperçue en cuisinant mon diner, un jour de novembre.
Ce que je veux peindre est au-delà de ce que je vois.

Mais il passe par là. Et dans mon effort pour le saisir, je reste prise dans les branches, les arbustes, la lumière. Obstinée, je jongle avec les couleurs, la composition, et les coups de pinceau.

Cela m’échappe encore.

Mais je sais qu’il y a un processus en cours, et qu’il a ses exigences. Quand j’aurai fait suffisamment d’etudes pour passer outre à la représentation détaillée, je vais oublier la technique et ma main va enfin faire ce que bon lui semble. Alors, j’arriverai à garder l’équilibre entre attention et abandon et l’image pourra enfin respirer.
J’allais dire: danser.

J’aime danser et je vois les ressemblances entre ces deux disciplines.
D’abord, on réchauffe les muscles. Ensuite on apprend les mouvements jusqu’à ce que le corps les éxécute sans réfléchir, et enfin, on bouge avec la musique. C’est alors qu’on peut exprimer quelque chose.

 

Un premier croquis
Plus libre que l’étude de gouache ci-dessus, il est proche de ce que je veux faire. Dessiner en noir et blanc me permet de cerner rapidement l’essentiel de mon idée.

 

Dans l’atelier en ce moment, je marche sur mes propres orteils.
J’espère danser bientôt.

Louise Jalbert, « Novembre en après-midi, étude #5 », 2017, Gouache sur papier, 32 x 38 cm.  
Louise Jalbert, « Novembre en après-midi », 2017, croquis, carton feutre sur papier, 7 x 9 cm