Promenade au jardin

Me voici à peu près à mi-chemin de l’inventaire, et malgré le temps exigé par la tâche, je suis très contente du résultat. Au fur et à mesure que les oeuvres sont répertoriées, et regroupées selon un ordre chronologique ou thématique, un agréable sentiment de clarté se fait sentir. Non seulement je sais où se trouve chaque tableau ou dessin, mais je sais ce que j’en pense de façon plus objective car le temps m’a donné du recul.

Certaines oeuvres sont éliminées, moins que je ne le pensais, et c’est une agréable surprise. D’autres sont libérées de leurs cadres qui ne vont plus; je refais des emballages, et même quelque fois des retouches.

J’avais rangé ce tableau sans en être satisfaite, ne sachant trop ce qui clochait; en le sortant de l’étagère, j’ai eu envie de le reprendre. C’est toujours un peu hasardeux de reprendre une oeuvre à des années d’intervalle, parce qu’on a changé. Et ma façon de peindre aussi a changé. Mais je pense l’avoir mené à une résolution plus harmonieuse, où les formes flottent moins dans l’espace comme dans la version originale ci-dessous.

Mais le plus grand bénéfice de cet exercice, c’est la perspective sur l’ensemble de ce que j’ai fait. C’est comme si je faisais une promenade dans mon jardin, visitant tout ce que j’ai semé ou planté depuis quelques décennies, des petites fleurs printanières jusqu’aux arbres dont les feuillages s’épanouissent en automne. Le point de vue est intéressant!

C’est satisfaisant et simulant aussi, car ce processus de révision amène une réflexion. Ce qui risque d’avoir une influence sur la suite des choses, on verra bien laquelle.

Louise Jalbert, “Sostenato”, 2008-2019 Acrylique sur toile, 40 x 50 cm

L’inventaire complet, c’est parti.

Tout artiste en arts visuels bâtit un inventaire avec le temps. Le processus de création implique une production d’oeuvres et d’essais plus ou moins aboutis, plus ou moins pertinents selon la recherche, mais qui ont servi à développer un corpus. On ne vend jamais tout non plus, ce qui fait qu’avec les années, il y a une accumulation.

Ça fait un moment que je songe à refaire mon inventaire au complet, en bonne et due forme. Un projet considérable et que je ne savais trop comment entreprendre. Fort heureusement, notre association d’artistes à Montréal, le RAAV, offre chaque année un choix de formations en gestion de carrière artistique, que ce soit la présence en ligne ou les dédales de l’archivage. J’ai donc suivi celles en relation avec mon projet, après quoi j’ai consulté un ami bibliothécaire afin de me faire un système sur mesure, simple et adéquat.

Pourquoi me donner la peine de faire ce travail? Pour ma paix d’esprit d’abord; c’est beaucoup plus commode de savoir ce que j’ai fait et comment le trouver. Étant plutôt organisée de nature, j’ai toujours tenu une certaine classification. Mais le temps parfois a manqué, et il y a certains flous, par exemple des oeuvres que je n’ai pas revues depuis des années, et qui sont plus ou moins répertoriées. Il est temps de faire une révision, et de documenter le parcours des dernières décennies.

Et puis, mon art fait partie de mon héritage. Que celui-ci soit d’intérêt personnel ou culturel éventuellement reste à voir, mais je tiens à ce qu’il soit facile d’accès et compréhensible.

Cette tâche minutieuse demande du temps et de la patience. Afin d’en venir à bout sans m’y perdre, j’ai résolu d’établir un budget et d’engager une assistante. Quelle bonne idée j’ai eue!

M’adressant à notre association artistique régionale cette fois, Culture Montérégie, j’ai été mise en contact avec Louise-Andrée Lalonde, qui possède les habiletés informatiques et l’expérience administrative nécessaire. Elle-même une artiste, elle comprend mes besoins, et notre collaboration lui permet d’apprendre à faire son propre inventaire, ce qui rend le tout stimulant pour les deux.

En tant que peintre, j’ai l’habitude de faire beaucoup de choses seule. Mais certaines tâches se font mieux à deux et c’est bien plus agréable ainsi. Tous les vendredis depuis la mi-janvier, nous progressons et nous avons à ce jour complété environ 25% du travail. Évaluation peut-être optimiste, mais je commence à voir la lumière au bout du tunnel.

Photos Louise Jalbert, “Inventaire en cours”, and “Louise-Andrée au travail” 2019

Orange

J’ai pensé qu’un peu de couleur ferait du bien aujourd’hui. Cela m’a donné envie de revoir cette oeuvre issue d’une série intitulée Orange, dont le propos était d’explorer la couleur orange et l’énergie qui s’en dégage.

Louise Jalbert, “Orange devenant sanguine“, Série Orange, 2008, Acrylique sur toile, 40 x 50 cm. Photo Guy L’Heureux

Quand rien ne va plus

Ces derniers mois, j’ai été longtemps dans l’effort, pas assez dans le ressenti, et ça paraît. Tout ce que je fais est laborieux, sans élan. Pire encore, j’ai l’impression de ne plus rien “voir”: j’ai beau regarder toutes ces belles choses sous mes yeux, je ne les vois plus vraiment et je me sens vide.

La cloche de la récréation sonne très fort et pourtant je résiste bêtement parce que je n’aime pas m’avouer vaincue quand rien de va plus. Abandonner alors que j’ai l’impression de n’avoir rien fait est frustrant. C’est dur d’admettre que je n’y arrive pas (pour l’instant) et que je n’y arriverai peut-être jamais (ah non?). Mais c’est nécessaire.

J’aime être engagée dans un processus de création, développer des idées, explorer de nouvelles possibilités…mais quand je pousse trop, je court-circuite ces possibilités et tout devient lourd et difficile.

Alors finalement, j’ai pris congé de l’atelier il y a deux ou trois semaines et ça va déjà mieux. Même que j’ai fais quelques petits croquis: signe que, sous ce long couvert de gris et de glace, l’inspiration semble vouloir renaître.

Cette pause m’a permis d’ajouter quelques images sur mon site web et de rafraîchir la page d’accueil. Tout ça, comme toujours, avec l’aide de Guillaume Sanfaçon.

Louise Jalbert, Arbres dans la neige au soleil, esquisse, 2019, Crayon feutre sur papier, 20 x 8 cm

Des muses et un peu d’amour

Comme vous le savez sans doute, j’aime fréquenter les musées, les galeries et autres lieux d’expositions. Depuis deux ou trois ans, je me suis mise à photographier les autres visiteurs qui, absorbés dans leur contemplation, regardent les oeuvres ou déambulent dans ces espaces scénographiques.

Je partage Muses dans les musées sur Instagram, et à l’occasion, j’inclurai quelques unes de ces photos sur cette page; je vous en propose deux ici, histoire de vous mettre dans l’ambiance.

 

 

Vous souvenez-vous de Parle-moi d’amour ? Le vernissage de cette exposition encan aura lieu mercredi 13 février prochain. La veille de la Saint-Valentin me semble une date tout à fait appropriée pour démontrer notre amour à ceux qui en ont bien besoin.

 

Parle-moi d’amour : vernissage le mercredi 13 février, 17h30.  Atrium de l’édifice Wilder-Espace Danse, au 1435, rue de Bleury, Montréal.

 

 

 

 

Bienvenue à tous et chacun, c’est gratuit. Cet évènement est une occasion unique d’acheter une oeuvre réalisée par les Impatients, ou par un artiste professionnel, incluant la mienne ci-contre. Misez sur l’oeuvre de votre choix entre le 13 et le 27 février, soirée de clôture de l’encan. Je serai présente le 13 février. Au plaisir de vous voir!

 
1-Jeune femme regardant Le déjeuner, Marthe et Jean Terrasse, de Pierre Bonnard. Exposition Bonnard, La couleur radieuse, musée national des Beaux-Arts du Québec, Québec, novembre 2016. Photo Louise Jalbert.
2-Jeune fille qui semble tout droit sortie d’un tableau de Balthus, devant La rue, de Balthus, 1929, huile sur toile. Musée d’art moderne, New York, avril 2017. Photo Louise Jalbert
3-Louise Jalbert, “Orange au mois d’août”, 2017, Aquarelle sur papier, 27 x 38 cm, encadré.

La fée des glaces

Je vais à Québec environ une fois par mois, pour visiter ma mère. C’est une routine qui s’est installée peu à peu quelque temps avant le décès de mon père, il y a déjà cinq ans. De la Rive-Sud de Montréal, le trajet dure deux heures et demie sur un autoroute plutôt monotone, avec de part et d’autres des champs, des fermes, quelques boisés et beaucoup de ciel.

Avec le temps, j’ai développé une affection pour les différentes nuances de gris, de beige, de blanc et de bleu que ce panorama assez ordinaire me fait voir à chaque voyage. Ce samedi là, le temps était clair et ensoleillé, paré d’un ciel bleu profond, le sol couvert d’une couche de neige fraîche et bien blanche, divisé en deux par le ruban noir de la route.

Une demie-heure avant d’arriver à destination, soudainement tous les arbres et arbustes se sont mis à briller d’un éclat de diamant. J’ai mis quelques minutes à réaliser que je venais de franchir une limite à partir de laquelle tout, de la clôture aux fils électriques, était recouvert de glace.

Une pluie verglaçante était tombée la veille et cette région avait été particulièrement touchée. Située plus au nord, le froid mordant en avait préservé l’effet saisissant.

N’allez surtout pas vous imaginer que j’aime la pluie verglaçante. C’est plutôt un phénomène météorologique qui se déguise en pluie pour ruiner la neige, et qui joue beaucoup sur les nerfs quand vient le temps de conduire ou même de tenter de marcher sans avoir l’air d’un pingouin. S’ajoutent à cela les dommages causés à la végétation et aux fils électriques suivis de pannes de courant. C’est un intrus.

Mais cet intrus de lumière et de glace crée des paysages enrobés de cristal.

Ce qui fait que ce jour là, absorbées que nous étions, ma mère et moi, à parcourir des albums de photos de famille, notre regard revenait fréquemment vers la fenêtre pour contempler cette fantaisie hivernale, déclinée en variantes or et argent de lumière étincelante.
Il était bien de mise d’être avec elle ce jour là. Car c’est elle qui nous a appris, mes frères, soeurs et moi, à observer et apprécier les nuances de la nature, en toutes circonstances. La capacité d’émerveillement de ma mère a été mon initiation à la beauté.

Louise Jalbert, “Québec, samedi 26 janvier 2019”, photographies, 2019

L’art au quotidien

L’art est une expression naturelle de notre être. C’est une impulsion de répondre à un mouvement intérieur, intuition ou émotion, et de lui donner forme. Je pense que chacun de nous sans exception a ce désir de créer, auquel il peut choisir de répondre.

Que ce soit un passe-temps ou l’oeuvre d’une vie, ce que l’on crée prend toujours une forme qui nous est propre. C’est une expérience unique que de chanter, de bricoler ou de cuisiner, qui ne se répète jamais de la même façon. On a souvent envie de partager cette expérience, mais au départ, on ne le fait pas pour les autres. C’est plutôt un élan spontané: une forme d’amour.

Cela peut prendre toutes sortes de proportions, à toutes sortes de niveaux, mais le désir est le même. Quoique certain d’entre nous volent plus haut que d’autres.

Ces temps-ci, j’écoute beaucoup la musique de Franz Schubert, particulièrement ses compositions au piano qui me vont droit au coeur. Pourquoi Schubert, direz-vous? Et pourquoi maintenant? Je ne saurais encore le dire; les mots me manquent et je préfère à l’analyse le bonheur de me laisser emporter par les sons.

Parmi les nombreux et brillants interprètes de Schubert, la pianiste Maria Joao Pires me touche particulièrement. Son jeu tout en finesse est imprégné de poésie, avec une grande profondeur d’émotion. Comme si un petit oiseau était passé au fond de moi, remuant l’air de ses ailes, et que soudainement, je pouvais respirer à nouveau.

Cette grande pianiste n’est pas qu’une artiste ou plutôt, elle est une telle artiste, parce qu’elle a aussi profondément réfléchi à la vie, et qu’elle porte la même attention sur tout ce qu’elle fait. Je lui laisse donc le mot de la fin:

“Je ne crois pas à l’art en tant que quelque chose qui soit pour les gens riches ou pour les gens talentueux, ou encore pour les grandes salles de concert ou les grands musées. Je crois plutôt à l’art de tous les jours, au quotidien, qui fait qu’on met vraiment tout de soi dans ce qu’on fait, faisant les choses bien, avec beauté, vous savez.”
Maria Joao Pires

 

Faire des gammes

Je fais des exercices techniques. C’est très simple, et une bonne façon de relancer l’inspiration quand on ne sait pas trop par où commencer. J’ai une idée de ce que je veux développer, mais j’ai l’impression de tâtonner en ce moment, et réchauffer mes habiletés techniques est une bonne façon de me donner un élan.

C’est aussi une façon de réfléchir sans en avoir l’air. En jouant librement avec les matériaux, les idées viennent souvent plus aisément et avec le bénéfice d’exercer ma main, ce qui me permettra d’avoir la tête plus libre en travaillant ensuite.

Comme je n’ai pas utilisé l’acrylique sur toile depuis un moment, je tiens à me familiariser à nouveau avec ce matériau qui a beaucoup évolué ces dernières années. C’est un peu comme si je passais du piano au violon: je reviens en quelque sorte à la base et je dois faire des gammes, histoire de me délier les doigts.

Sur des morceaux de toile libre, je fais des essais de touche, avec pinceau ou autre nouvel instrument sur le marché, des essais de couleurs, d’opacités et de transparences, de fluidité et d’épaisseurs. Ce faisant, je développe une autre manière de peindre qui va devenir petit à petit plus naturelle.

 

Parallèlement, je réfléchis à mes compositions par le dessin. Le format miniature est une habitude que j’ai développée quand j’étais illustratrice et qui me permet de visualiser rapidement mes idées.

Voilà où j’en suis, progressant lentement dans un univers complexe.

 
Louise Jalbert, “Essais acrylique sur toile”, 2018, 71 x 96 cm et carnet de croquis, 2018, 21 x 28 cm