Parfums

Le kaléidoscope de couleurs qui illuminait les arbres s’est maintenant déposé au sol, tapissant les rues et les parterres de nuances d’orange passé.
Avec ce dernier acte joué par les feuilles, c’est tout un cycle de vie qui s’achève à nos pieds. Je vois de l’élégance et de la grâce dans cette beauté aérienne qui se dépouille en un si somptueux abandon.

En se desséchant, les feuilles apportent un effet de légèreté et de bruissement sur l’asphalte. Sous mes pas, elles exhalent un parfum d’humus, remuant des souvenirs d’enfant qui joue dehors dans l’air vif de l’automne.

Et dans ce qui est familier peut se révéler une part de grandeur et de mystère.

Photo : Louise Jalbert, 2018

Octobre

Comme je m’inspire beaucoup de la nature, celle que j’ai sous les yeux au quotidien, il y a des moments dans l’année qui sont particulièrement stimulants, voire exaltants. Notre beau mois d’octobre en est un.

En quelques courtes semaines, de fin septembre à début novembre, ici au Québec, les couleurs des végétaux changent progressivement à chaque jour, déployant un éventail de couleurs tantôt éblouissantes, tantôt richement nuancées. Tout comme les écureuils qui se hâtent d’accumuler des provisions avant l’hiver, je me dépêche d’engranger autant d’études que possible de ces nombreuses harmonies.

Ce qui m’amène à travailler de façon beaucoup plus rapide; cela donne un effet plus relâché, moins fouillé. Bien que je voie ce qui pourrait être approfondi dans la gouache ci-haut, j’aime l’effet indéfini et énergique qui s’en dégage.

Dans mon désir d’exprimer ce que je perçois d’intangible dans la nature, cette qualité sera intéressante à explorer dans mes prochains essais. Avec ces grandes gouaches réalisées prestement, je définis peu à peu où je m’en vais, une étape à la fois.

Louise Jalbert, “Le lilas en octobre”, 2018, Gouache sur papier, 75 x 55 cm

Étude à la gouache

J’ai fait cette esquisse à la gouache de mes enfants quand ils étaient petits. Ce genre d’étude de couleur est à la base de ma pratique depuis les tout premiers débuts.

Je peins beaucoup la nature, puisqu’elle est sous mes yeux, et qu’elle m’enseigne beaucoup. Mais j’aime aussi peindre des gens, et j’ai envie de m’y remettre. Si vous avez envie d’une pause apaisante dans votre horaire chargé, faites moi signe, je suis à la recherche de modèles.

Louise Jalbert, Enfants regardant la télévision, 1995, gouache sur papier, 14 x 21 cm

Le rôle de l’artiste

Au cours de notre pèlerinage en Inde en mai dernier, nous avons eu le privilège de visiter plusieurs ashrams et de rencontrer quelques swamis remarquables.
L’un d’eux, Swami Janardananda, entr’autres projets, enseigne la tradition yogique aux jeunes de son voisinage, à Uttarkashi, Uttarakhand.
Après l’école, enfants et adolescents peuvent gravir l’escalier jusqu’au centre de yoga où ils sont invités à une séance de méditation, de chants sacrés, ou de postures de yoga. Les enseignements qu’ils reçoivent ainsi leur permettent de développer un esprit calme et fort, de même qu’un sens communautaire actif, principes qu’ils partagent ensuite avec leurs familles respectives.
Voilà plus de trente ans que Swami Janardananda a initié cette activité, et ce sont maintenant les enfants de la deuxième génération qui viennent et qui éduqueront la génération suivante. Alors qu’auparavant l’ignorance, la violence et l’alcoolisme étaient choses courantes parmi la population, la dignité et la solidarité sont maintenant de retour.

 

 

Après l’école, les enfants grimpent l’escalier qui mène au centre de yoga dont le jardin est soigneusement entretenu.

 

 

 

Au moment où la société indienne se développe à un rythme fulgurant, ce projet éducatif soutient la préservation de son héritage spirituel. Touchée par cet exemple d’enseignement, j’ai posé la question suivante à Swami Janardananda :

Quel est le rôle de l’artiste dans notre société?
Ce à quoi il m’a répondu après quelques instants de réflexion:

“Exprimez, sans vous exhiber. Tout est divin; si cela vient du coeur, ce sera divin”.

(J’ai interprété “sans vous exhiber” comme signifiant “sans vous exhiber personnellement” plutôt que sans exposer les oeuvres.)

Réponse simple et profonde, dont j’apprécie l’ouverture car il est impossible de définir le rôle de l’artiste (malgré mon questionnement). Créer ne peut être un devoir, c’est une impulsion, qui doit demeurer libre. Et qui vient du coeur.
Ces quelques mots qui peuvent suffire à orienter, non seulement le travail d’une artiste, mais celui de chacun d’entre nous.

 

 

Sur le bord de la route,
on trouvait aussi de fort bons conseils à qui veut bien les suivre.

 
Crédit photos
Anya Sluchak: Swami Janardananda
Louise Jalbert: Petite fille et sa mère grimpant les escaliers vers l’ashram
Karsten Verse et Julia Noelle: Femme sur la bord de la route