Tremplins

La semaine dernière, j’écrivais au sujet d’un changement de technique en peinture. Cela faisait un bon moment que je désirais ce changement. Même si changer de procédé est important, la véritable transformation s’opère à un autre niveau. Il s’agit plutôt d’approfondir mon expression artistique, d’expérimenter avec certaines idées et de développer de nouvelles habiletés. Changer de technique est une bonne façon de commencer ce processus.
Mais au préalable, j’ai à terminer certaines oeuvres en souffrance.

Avant mon départ pour la France, j’ai commencé quelques aquarelles que j’ai ensuite mises de côté, soit par manque de temps, soit parce que j’étais indécise. Le voyage ainsi que le fait de passer à une autre technique m’ont donné le recul nécessaire pour y revenir avec un regard neuf. Et donc, avant de m’engager dans une nouveau parcours, j’aimerais les compléter.

Ce n’est pas que tout ce je voulais faire soit entièrement réalisé dans cette série d’aquarelles. C’est impossible et d’ailleurs je n’y tiens pas. Mais, pour l’instant, je suis assez satisfaite de ce groupe d’oeuvres et surtout, je sens qu’aborder mes idées dans une autre forme sera fructueux.

Cette forme reste à trouver, et voici pourquoi revenir à un travail antérieur sera salutaire:

Cela me remet en contact avec les nombreuses idées qui se bouscoulaient dans ma tête pendant je peignais cette série d’aquarelle. 

 

 

Des idées de composition telles que:

Jusqu’où puis-je développer un effet, que je nommerais “tapisserie”, dans ma représentation de la nature sans que cela devienne monotone?

 

 

 

Des idées de couleur telles que:

Combien de variations de la couleur verte puis-je faire et comment les rendre vivantes?

 

 

 

Vous voyez ces quelques essais… Ai-je épuisé ces idées? J’ai plutôt impression de les avoir à peine abordées… Et donc, à cette nouvelle étape de mon travail, elles me serviront de tremplin vers une autre forme d’expression.

Louise Jalbert, “Feuillages et branches”, 2017, aquarelle sur papier, et autres aquarelles en cours dans l’atelier.

D’un procédé à l’autre

Au cours des dernières années, j’ai travaillé l’aquarelle exclusivement. Cela m’a permis d’approfondir la maîtrise de cette technique que j’avais choisi pour ses qualités de légèreté, de fluidité et de transparence. Comme je cherche maintenant à élargir mon registre pictural, de la fluidité jusqu’à une certaine densité, je dois changer de procédé.

Je vois la technique un peu comme un language. On ne dit pas les choses de la même façon dans une langue que dans une autre. Les mots n’ont pas les mêmes significations, les expressions sont différentes, les sons et les intonations aussi. Passer d’une langue à l’autre, c’est aborder un autre univers. C’est pourquoi aborder une habileté peut être stimulant.

C’est à la gouache que je fais mes esquisses en ce moment. Elle se travaille à l’eau, comme l’aquarelle, mais au contraire de cette dernière, la qualité principale de la gouache est d’être opaque. Cela donne un aspect plus intense aux couleurs, qui peuvent être superposées sans risque de perdre de leur intensité, par exemple des couleurs claires sur des couleurs foncées. Autrement dit, c’est donc plus facile de corriger un erreur!


Voici un exemple de gouache (à gauche) et d’aquarelle (à droite). J’ai utilisé le bleu céruléen dans les deux cas, mais l’effet n’est pas le même. La gouache est très couvrante, avec un fini velouté. On peut revenir avec d’autres couleurs, même plus claires. L’aquarelle est plus subtile, et chaque couche de couleur s’ajoute à la précédente, ce qui fait qu’on ne peut en mettre plus de deux ou trois sous peine de les voir se ternir.

La gouache me permet donc de faire des essais rapides pour élaborer mes idées avant de les transposer sur une plus grande échelle. Dans l’esquisse ci-dessus, j’étudie différentes possibilités de couleur, telles que l’arbre rouge contre le ciel bleu, ou encore une idée d’espace, par example la végétation en rapport avec la maison en bas à droite. 

 

 

J’ai quand même conservé certaines parties en transparence, pour augmenter le contraste, comme les arbres en mauve, vers le bas, à droite.

L’aspect mat et velouté de la gouache me semble avoir beaucoup de potentiel. Ce qui fait que je vais continuer avec cette technique pour quelque temps encore. 

 

 
  Louise Jalbert, “Arbre rouge sur ciel bleu”, 2017, gouache sur paper, 31 x 22 cm